Partager l'article ! théma: DRACULA: « Le visage me déplaisait – dur, cruel, sensuel. Ses dents, surtout, me mettaient mal à l’aise ...
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le vampire romanesque le plus célèbre de tous les temps trouve ses origines dans un épisode bien réel de l’histoire du quinzième siècle. Monté sur le
trône de la Valachie, ancienne principauté danubienne limitrophe des Carpathes, le prince Vlad II combattait sous la bannière de l’Ordre du Dragon créé par le roi de Hongrie, d’où son surnom de
Dracul (synonyme de dragon mais aussi de diable). Détrôné en 1442, il fut bientôt relayé par son fils Vlad III, qui hérita en toute logique du sobriquet de Dracula, autrement dit « petit diable
». Sa lutte féroce et sans concession contre les Ottomans et sa prédilection pour le supplice du pal lui forgèrent bientôt la réputation d’un meneur de troupes à la cruauté incomparable.
Fasciné par ce personnage hors norme, l’écrivain irlandais Abraham Stoker s’en inspira très librement, non pour se lancer dans un récit historique romancé, mais pour bâtir de toutes pièces la
légende du vampire Dracula, à l’occasion d’un roman publié en 1897. Certes, vampirisme et littérature avaient déjà connu quelques mariages heureux, notamment avec « Carmilla » de Sherdidan le
Fanu, mais Stoker greffa à son récit toute la mythologie qui, depuis, est indissociable des histoires de suceurs de sang. Notamment le château transylvanien, le cercueil mué en refuge diurne du
monstre, l’ail pour le faire fuir et le pieu pour le détruire.
Afin de mieux toucher le lecteur de cette fin de siècle, le romancier ne confine pas le vampire dans son folklorique fief roumain mais l’envoie perpétrer ses méfaits dans le Londres contemporain,
tandis que le roman reprend pour sa part un procédé narratif fort prisé depuis le 18ème siècle : le mélodrame épistolaire, à la façon des « Liaisons Dangereuses » de Pierre Choderlos de Laclos.
Echanges de courriers, extraits de journaux intimes, télégrammes, comptes rendus médicaux et articles de journaux constituent ainsi le cœur de l’ouvrage, chaque portion du récit se complétant
pour former un gigantesque puzzle.
Très vite, l’œuvre de Stoker passa à la postérité et fut aussitôt adaptée au théâtre puis au cinéma. De nombreux interprètes prêtèrent leur visage au monstre, mais deux resteront à tout jamais
liés au rôle, se muant en références incontournable et en pôle permanent de comparaison : Bela Lugosi, héros de la première adaptation officielle du roman en 1931, et Christopher Lee, figure
récurrente d’une dizaine de variantes concoctées par le studio britannique Hammer à partir de 1958. D’autres comédiens de renom endosseront cependant la cape noire du vampire, notamment Lon
Chaney Jr, John Carradine, David Niven, Klaus Kinski, Jack Palance et Gary Oldman.
Derniers Commentaires