Partager l'article ! théma: LES TUEURS: "L'horreur est humaine" (Coluche) Les cinéastes auront beau s’évertuer à ...
Les cinéastes auront beau s’évertuer à imaginer les vampires les plus gloutons, les mutants les plus hideux et les extra-terrestres les plus belliqueux, le monstre le plus inquiétant est et
demeurera l’être humain. L’assassinat étant hélas le propre de l’homme, les serial killers et tueurs psychopathes en tout genre enflammèrent très tôt l’imagination des auteurs populaires,
l’intérêt de ces derniers ayant naturellement été attisé par quelques sinistres figures historiques comme Jack l’Eventreur, Gilles de Rais ou, plus récemment, Charles Manson. Les meurtriers en
série opèrent en tous lieux et sous toutes les latitudes, mais les réalisateurs choisissent principalement la grisaille des cités modernes pour situer leurs actes sanglants. Ce qui explique en
partie la véritable explosion des films de tueurs psychopathes qui s’amorça à partir de la fin des années 70, période où les tours de béton poussèrent dans toutes les grandes villes comme des
champignons.
L’anonymat et la déshumanisation inhérents à un tel cadre s’avèrent en effet souvent favorables à la naissance d’individus inadaptés, incompris, aliénés et rejetés par une société dont ils
deviennent le pur produit. Fatalement, certains d’entre eux poussent la névrose jusqu’à la psychose, et de là au crime il n’y a plus qu’un pas. Les méfaits de ces prédateurs solitaires et
déshumanisés n’appartiennent que trop à notre réalité quotidienne, alimentant jusqu’à l’indigestion les colonnes des faits divers. Mais le cinéma fantastique a tôt fait de s’en emparer pour les
transcender et les muer en entités du Mal à l’état pur. Et si le Norman Bates de Psychose ou le couple assassin des Tueurs de la Lune de Miel s’inspirent à priori de faits réels, ils prennent à l’écran une autre dimension, celle de figures de l’horreur désormais aussi populaires que
Frankenstein et Dracula.
D’où l’incroyable longévité de séries telles qu'Halloween ou Vendredi 13, qui n’hésitent pas à dépasser largement le cadre de la folie meurtrière pathologique pour basculer dans le surnaturel le plus expansif, muant du même
coup leurs tueurs en morts-vivants et en démons. Les assassins qui se déchaînent dans les films chroniqués ici se rattachent donc parfois au genre policier et au thriller, mais ils symbolisent
surtout les croque-mitaines tels que les décrivent les contes pour enfants, à mi-chemin entre l’ogre et le grand méchant loup. Voilà qui justifie leur forte tendance à la dissimulation sous un
masque, qu’il soit blanc et inexpressif, emprunté à un joueur de hockey ou issu d’un magasin de farces et attrapes. Les tueurs fous symbolisent ainsi la Mort elle-même, la grande faucheuse dont
ils imitent parfois la silhouette iconique (comme le « ghostface » de Scream). Mais le plus effrayant, c’est probablement de
retirer le masque, et d’y découvrir le visage hagard d’un homme ordinaire, celui du voisin, de l’ami, voire le nôtre…
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