SEVEN SISTERS (2017)

Noomi Rapace incarne sept sœurs jumelles dans cette fable de futuriste où sévit une impitoyable politique de l’enfant unique…

WHAT HAPPENED TO MONDAY?

 

2017 – GB / FRANCE / USA / BELGIQUE

 

Réalisé par Tommy Wirkola

 

Avec Noomi Rapace, Clara Read, Willem Dafoe, Glenn Close, Marwan Kenzari, Pål Sverre Hagen, Adetomiwa Edun, Christian Rubreck, Santiago Cabrera, Nadiv Molcho

 

THEMA FUTUR I DOUBLES

Sans doute avait-on trop tôt collé sur le dos du réalisateur Tommy Wirkola l’étiquette de « petit malin » ne plaçant pas ses ambitions au-dessus de son impertinence potache. Il faut dire qu’avec ses deux premiers longs-métrages – le graveleux Kill Buljo et le gratiné Dead Snow -, ce jeune cinéaste d’origine norvégienne n’y allait pas avec le dos de la cuiller, exhibant son vengeur caricatural et ses zombies nazis avec une bonne humeur joyeusement éléphantesque. S’il amorçait un virage avec Hansel & Gretel : Witch Hunters, relecture des contes de Grimm façon film d’action survitaminé, la finesse n’était pas spécialement au rendez-vous, pas plus que dans l’inévitable Dead Snow 2 : Red vs. Dead. L’affaire était donc entendue : Wirkola était un réalisateur sympathique et généreux au registre limité. Or le voilà qui nous prend par surprise avec Seven Sisters, qui entre résolument en rupture avec ses films précédents. Situé dans un futur dystopique, cet haletant thriller de science-fiction s’appuie sur un scénario original de Max Botkin (Robosapien) qui figurait depuis 2010 sur la « liste noire » des meilleurs scénarios non encore produits à Hollywood. Prévu au départ pour un homme, le rôle principal multiple est finalement féminisé à la demande du cinéaste, désireux de travailler avec Noomi Rapace, un choix validé sans hésitation par la vénérable productrice Raffaella De Laurentiis.

Face à la surpopulation de la Terre, les autorités gouvernementales ont décidé d’instaurer la politique de l’enfant unique. Cette mesure est appliquée sévèrement par le Bureau d’Allocation des Naissances, dirigé par Nicolette Cayman (Glenn Close). Si une famille se risque à déroger à la règle, ses enfants « non désirés par l’état » sont arrêtés et cryogénisés en attendant des jours meilleurs. Or voilà qu’une femme donne naissance à des septuplées et ne survit pas à l’accouchement. Malgré les lois, le père de la défunte, Terrence Settman (Willem Dafoe), décide de garder secrète l’existence de ses sept petites-filles. Toutes prénommées d’un jour de la semaine, elles devront rester confinées dans leur appartement et partager une identité unique lors de leurs sorties extérieures à tour de rôle, celle de leur mère Karen Settman. Grâce à une discipline quotidienne très rigoureuse, ce lourd secret demeure intact jusqu’à l’âge adulte. Mais alors qu’elles arrivent à l’âge de trente ans, l’une d’elle, Lundi, disparaît sans laisser de trace…

Mes doubles, mes sœurs et moi

L’atmosphère futuriste oppressante dans laquelle s’inscrit l’intrigue de Seven Sisters renvoie aux deux sources d’inspiration majeures sur lesquelles s’est appuyé Tommy Wirkola, autrement dit Blade Runner et Les Fils de l’homme. Il y a pires références, nous en conviendrons. Le réalisateur installe ainsi ses caméras en Roumanie pendant 94 jours et y reconstitue un monde autocratique crédible. Malgré un budget relativement raisonnable – 20 millions de dollars –, le film se donne les moyens de ses ambitions (scènes de surpopulation, effets visuels impeccables permettant notamment de multiplier Noomi Rapace à l’écran) et nous offre avec régularité des moments de suspense d’une redoutable efficacité. Les nombreux rebondissements du scénario laissent la part belle aux combats mano a mano qui – loin des chorégraphies stylisées à la Matrix – prônent la brutalité, la violence et le réalisme. On pourra certes regretter un flagrant manque de finesse dans la caractérisation de chacune des sœurs jumelles. Entre la blonde délurée, la « nerd » à lunettes, la junkie nerveuse, la battante aux cheveux courts et la boxeuse athlétique, nous frôlons dangereusement la caricature. Il nous semble d’ailleurs avoir plus affaire à une dissociation de personnalités multiples qu’à des septuplées. Mais la performance septuple de Noomi Rapace reste impressionnante, tout comme son implication physique et émotionnelle. Une fois que la mécanique bien huilée se dérègle, le destin multiple des sœurs Settman prend la tournure d’une fuite en avant désespérée dont l’issue demeure incertaine jusqu’au bout. Imparfait mais gorgé d’audace, cet exercice de SF audacieux a le mérite de s’écarter autant que possible des sentiers battus. Ce n’est pas le moindre de ses atouts.

 

© Gilles Penso


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