TERRIFIER 2 (2022)

Art, le clown psychopathe amateur de mutilations et de meurtres en série, revient faire des siennes dans cette suite ultra-gore…

TERRIFIER

 

2022 – USA

 

Réalisé par Damien Leone

 

Avec Lauren LaVera, Elliott Fullam, Sarah Voigt, Amelie McLain, Chris Jericho, David Howard Thornton, Kailey Hyman, Casey Hartnett, Charlie McElveen

 

THEMA TUEURS I SAGA ART LE CLOWN

La popularité du premier Terrifier, réalisé avec des moyens très limités dans la foulée du film à sketches All Hallow’s Eve, poussa son scénariste/ réalisateur/ producteur/ monteur/ créateur d’effets spéciaux Damien Leone à initier une suite beaucoup plus ambitieuse, malgré un budget toujours très modeste (estimé cette fois-ci à 250 000 dollars). C’est surtout l’occasion pour lui de donner corps à un personnage qu’il rêvait de porter à l’écran depuis de longues années : Sienna, une jeune femme habillée en guerrière angélique. Conscient des faiblesses scénaristiques de Terrifier (souvent critiqué pour le manque d’épaisseur de ses personnages), Leone passe beaucoup de temps sur l’écriture de Terrifier 2, bien décidé à professionnaliser une démarche qui, jusqu’alors, était surtout celle d’un amateur enthousiaste et turbulent. Lorsque le film commence, Sienna Shaw (Lauren LaVera) et son jeune frère Jonathan (Elliott Fullam) se préparent à fêter Halloween. La première s’est fabriqué un costume de Valkyrie ailée, le second veut se déguiser en Art, le clown qui provoqua un massacre épouvantable l’année précédente à Miles County. Le père des deux adolescents, un talentueux dessinateur, est mort dans des circonstances apparemment tragiques qui ont fatalement laissé des traces. Sienna se réfugie donc dans ses créations artistiques, comme pour prendre sa relève, tandis que Jonathan se passionne avec une insistance inquiétante pour les faits divers criminels. On le voit, Leone s’est attaché à construire des personnages plus complexes que par le passé, les bardant de phobies, d’obsessions et de failles.

Pour autant, Terrifier 2 n’a pas vocation de concourir pour l’Oscar du meilleur film (malgré une boutade entretenue par le réalisateur à ce propos). L’ambition de cette séquelle reste majoritairement d’être un conte sinistre d’Halloween secouant ses spectateurs de frissons tout en poussant très loin ses séquences gore, parfois jusqu’au point de non-retour (d’où les malaises qui se propagèrent apparemment dans certaines salles de cinéma américaines, mobilisant la venue d’ambulances et augmentant de manière substantielle le « buzz » autour du film). Les massacres perpétrés par Art le clown rivalisent en effet d’inventivité mais surtout de cruauté. Ce festival sanglant atteint des sommets dans une séquence d’anthologie au cours de laquelle une victime subit des mutilations insensées pendant trois minutes d’affilée, avec une propension à la surenchère qui se place dans la droite lignée des délires grand-guignolesques d’Herschell Gordon Lewis dans Blood Feast. La mort tarde à venir, le calvaire s’attarde indéfiniment et Leone s’amuse comme un fou, améliorant ses effets spéciaux par rapport à l’opus précédent en convoquant des marionnettes animatroniques élaborées et même un soupçon de trucages numériques.

Wonder Woman contre le Joker-zombie

À ce festival d’atrocités rythmant régulièrement le récit, Leone ajoute une touche de poésie macabre inattendue qui n’est pas sans rappeler les passages oniriques du Halloween 2 de Rob Zombie. C’est notamment le cas lorsque paraît la « petite fille pâle », une version féminine et enfantine du clown Art dont elle partage le même faciès blafard et grimaçant. Cette créature fantomatique est l’une des nombreuses énigmes que pose le scénario de Leone, laissant volontairement le mystère planer tout en esquissant les ramifications d’une mythologie insaisissable qui évoque à la fois le « Ça » de Stephen King et la saga Freddy. La nature réelle de ce croquemitaine muet continue de nous échapper – et il est permis de penser que le cinéaste reste très indécis à son propos. D’où ce dernier acte gothico-surréaliste situé dans un parc d’attractions abandonné qui multiplie un peu artificiellement les rebondissements jusqu’à convoquer tout un arsenal magique et paranormal dont la finalité nous échappe. Ce recours artificiel au surnaturel nous détache peu à peu de l’intrigue et s’affirme comme une solution de facilité, même si l’affrontement ultime entre Sienna et Art – aux allures d’un combat entre une apprenti Wonder Woman et un Joker-zombie – est joliment iconique.

 

© Gilles Penso


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