TENDRE DRACULA (1974)

Peter Cushing côtoie Bernard Menez, Miou-Miou et Alida Valli dans cette comédie ponctuée d’érotisme, d’épouvante et de numéros musicaux…

TENDRE DRACULA / LA GRANDE TROUILLE

 

1974 – FRANCE

 

Réalisé par Pierre Grunstein

 

Avec Peter Cushing, Bernard Menez, Miou-Miou, Alida Valli, Nathalie Courval, Stéphane Shandor, Percival Russel, Brigitte Borghese, Valentina Cortese

 

THEMA VAMPIRES

Pierre Grunstein fait ses débuts dans le théâtre avant d’entamer à partir des années soixante une carrière d’assistant-réalisateur, notamment pour Claude Berri, Chris Marker ou Alain Resnais. C’est son ami chef opérateur Jean-Jacques Tarbès qui le convainc de passer à la mise en scène. Féru de poésie, de comédie, de musique, de théâtre, d’expressionnisme et de fantastique, Pierre Grunstein s’efforce de combiner tous ces ingrédients dans un scénario qui finit par s’appeler Tendre Dracula. Le célèbre seigneur des ténèbres popularisé par Bram Stoker brille certes par son absence, mais il y a bien un vampire dans le film, sous les traits du grand Peter Cushing (qui, paradoxalement, incarna bien souvent l’ennemi juré de Dracula, autrement dit Van Helsing, pour le compte de la Hammer). Comme le fera deux ans plus tard Christopher Lee avec Dracula père et fils, le prestigieux comédien britannique voit là l’occasion de s’autoparodier et de s’offrir une bulle d’air en France. Il côtoie sur place une jeune équipe de tournage pleine d’énergie malgré ses faibles moyens, une légendaire actrice en fin de carrière (Alida Valli, transfuge de chez Hitchcock, Bertolucci, Pasolini et Chabrol) et une petite troupe turbulente dominée par le trublion Bernard Menez (vu chez Pascal Thomas et François Truffaut) et la pétillante Miou-Miou (tout juste sortie du tournage des Valseuses).

Autant l’avouer tout de suite, le scénario de Tendre Dracula n’a ni queue ni tête et semble avancer un peu au hasard, au fil des idées éparses de Grunstein et de son co-auteur. Bernard Menez et Stéphane Shandor interprètent deux scénaristes au service d’un producteur tyrannique (Julien Guiomar). Celui-ci panique depuis que son acteur vedette, MacGregor (Peter Cushing) a décidé d’arrêter de tourner dans des films d’horreur pour se spécialiser dans les histoires romantiques. Les deux auteurs sont donc chargés de rendre visite à MacGregor dans son château pour le faire changer d’avis. Ils sont accompagnés dans leur mission par deux actrices très peu pudiques que jouent Miou-Miou et Nathalie Courval. Sur place, l’ambiance est sinistre à souhait, l’épouse de l’acteur (Alida Valli) adopte un comportement étrange, leur serviteur muet (Percival Russel) arbore une mine patibulaire et MacGregor lui-même se comporte comme un véritable vampire…

Et la tendresse ?

Féru d’expérimentations, Pierre Grunstein tente plein de choses avec plus ou moins d’efficacité. L’humour du film est généralement pesant, s’appuyant sur des gags répétitifs et poussifs qu’accentue une musique éléphantesque de Karl Heinz Schafer. Le caractère érotique cher à ces années de libération des mœurs est assuré par Miou-Miou et Nathalie Courval qui se dévêtent à la moindre occasion et poussent même la chansonnette, muant par moments Tendre Dracula en comédie musicale. On s’étonne forcément de voir Peter Cushing échoué dans ce long-métrage biscornu et incohérent, même si le réalisateur lui voue visiblement une admiration sans borne (l’une des séquences montre Bernard Menez feuilleter un album garni de photos issues des films d’horreur de la Amicus, comme Histoires d’outre-tombe ou Je suis un monstre). Formant un couple étrange avec Alida Valli, Cushing parvient à conserver sa classe et son élégance en toutes circonstances, même lorsqu’il s’affuble d’un maquillage outrancier lui donnant les traits de Bela Lugosi, ou lorsqu’il frappe les fesses nues de Miou-Miou pour la corriger ! Ce qui est indiscutable, c’est la beauté plastique du film, ses décors très graphiques aménagés dans l’observatoire de Meudon (notamment une incroyable salle à manger ornée de statues géantes conçues par le dessinateur Pierre Gourmelin) et sa poésie mi-surréaliste mi-grotesque (notamment cette séquence mémorable où Miou-Miou est coupée en deux, son torse reposant sur une table tandis que ses jambes coursent Menez). Légitimement désemparés face au résultat final, les distributeurs décident de changer le titre du film, au grand dam du réalisateur. Nous lui connaissons donc deux appellations : Tendre Dracula et La Grande frousse. Deux ans plus tard, Bernard Menez donnera cette fois-ci la réplique à Christopher Lee dans le fameux Dracula père et fils. Pierre Grunstein, lui, s’en tiendra là en matière de mise en scène et poursuivra avec succès une carrière de producteur.

 

© Gilles Penso


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