CASINO ROYALE (1967)

Un James Bond parodique totalement délirant, mis en scène par cinq réalisateurs et paré d'un casting exceptionnel

CASINO ROYALE

1967 – GB

Réalisé par John Huston, Ken Hughes, Val Guest, Robert Parrish et Joe McGrath

 

Avec David Niven, Deborah Kerr, Orson Welles, Peter Sellers, Ursula Andress, Woody Allen, William Holden, John Huston

THEMA ESPIONNAGE ET SCIENCE-FICTION I SAGA JAMES BOND

« Casino Royale », le tout premier roman consacré à James Bond, était également le seul qui n’ait pas été acquis par les producteurs Harry Salzman et Albert Broccoli. Au milieu des années 60, profitant de la vogue 007 portée aux nues par Goldfinger et Opération Tonnerre, Charles K. Feldman, détenteur des droits, décida donc de lancer sa propre version des aventures de l’agent secret le plus célèbre du monde. Mais il estima avec prudence qu’il ne pouvait décemment combattre dans la même catégorie que les superproductions spectaculaires mettant en vedette Sean Connery (il envisagea pourtant un temps de confier le rôle principal à ce dernier, mais Connery réclamait un cachet trop élevé). Son option fut donc la parodie déjantée bourrée de stars internationales. Du coup, le budget grimpa à 12 millions de dollars, autrement dit deux fois plus que la somme initialement estimée, et même plus que celle dépensée sur On ne vit que Deux Fois.

Le scénario de Wolf Mankowitz, John Law et Michael Sayers ne s’inspire que très modérément du roman original pour narrer sur plus de deux heures un récit décousu qui semble notamment s’inspirer des comédies loufoques de Blake Edwards. Ici, Sir James Bond est incarné par David Niven (qui était à l’origine le comédien idéal pressenti par Ian Fleming). Profitant d’une paisible retraite bien méritée, il est contraint de reprendre du service lorsque l’organisation criminelle SMERSH menace la paix en faisant disparaître une dizaine d’agents secrets. Pour mieux tromper l’ennemi, Bond décide de partager son nom et son matricule 007 avec six autres agents. La majeure partie du casting s’appelle donc James Bond dans Casino Royale, que ce soit Peter Sellers, Terence Cooper ou même Ursula Andress ! L’enquête de cette improbable armada d’espions s’oriente vers un super-vilain absurde, le maléfique docteur Noé, qui s’apprête à lâcher une bactérie sur la planète pour transformer toutes les femmes en bombes sexuelles et éliminer tous les hommes mesurant plus d’un mètre soixante ! Noé est incarné par Woody Allen, et les trop rares séquences le mettant en scène figurent parmi les plus hilarantes du film.

Un vilain incarné par Orson Welles

Hélas, le reste du métrage n’est pas à l’avenant. Erratique, voire parfois complètement incompréhensible, l’intrigue s’achemine mollement vers la fameuse partie de cartes contre Le Chiffre (incarné par Orson Welles) dans le casino qui donne son nom au film, seul élément ayant survécu au récit de Fleming. Le bataillon de scénaristes et de réalisateurs réunis par Feldman n’ayant visiblement pas trouvé d’idée pour finir le film, le dénouement est un fourre-tout indigeste, au cours duquel quelques guest stars pointent le bout de leur nez, notamment Jean-Paul Belmondo en légionnaire et George Raft dans son propre rôle. Portée par le tube « The Look of Love », composé par Burt Bacharach et incarné suavement par Dusty Springfield, et lancé par une colossale campagne publicitaire, cet ovni nonsensique remporta contre toute attente un gros succès, et n’eut pas vraiment à rougir de la concurrence des James Bond officiel qui triomphaient alors sur les écrans.

 

© Gilles Penso