LA FILLE DE DRACULA (1936)

Cinq ans après le Dracula incarné par Bela Lugosi, le public découvrait son inquiétante descendante…

DRACULA’S DAUGHTER

1936 – USA

Réalisé par Lambert Hillyer

Avec Gloria Holden, Marguerite Churchill, Otto Kruger, Edward Van Sloan, Gilbert Emery, Irving Pichel, Halliwell Hobbes, Billy Bevan

THEMA DRACULA I VAMPIRES

Frankenstein ayant bénéficié d’une fiancée en 1935, avec le succès que l’on sait, les studios Universal décidèrent dans la foulée d’octroyer une fille à Dracula, pour faire bonne mesure. Un temps, James Whale fut pressenti pour prendre en charge cette séquelle, mais son approche un peu trop « osée » de la thématique (sans doute influencée par le « Carmilla » de Sheridan le Fanu) effraya quelque peu les cadres du studio, qui se tournèrent finalement vers le stakhanoviste Lambert Hillyer (signataire de près de 160 films en 30 ans de carrière !). 

La Fille de Dracula se situe juste après la fin du classique de Tod Browning, sans s’embarrasser de long préambule. Le professeur Van Helsing, toujours incarné par Edward Van Sloan, est surpris dans une crypte par deux policiers, à côté de deux cadavres : celui de Dracula, dans le cœur duquel il vient d’enfoncer un pieu, et celui de Renfield, dernière victime du comte vampire. L’explication de Van Helsing ne convainc guère le directeur de Scotland Yard, et bientôt deux options peu enviables se profilent à son horizon : le gibet ou l’asile de fous. Notre homme demande donc à son ami psychiatre Jeffrey Garth (Otto Kruger) d’assurer sa défense, affirmant pour le convaincre de la tangibilité du vampirisme : « quelle est la frontière entre une ancienne superstition et un futur fait scientifiquement établi ? ». Pendant ce temps, un policier extrêmement peureux (petit élément comique du film) est chargé de veiller sur les deux corps. C’est alors que surgit l’étrange comtesse hongroise Maria Zaleska (Gloria Holden), qui l’hypnotise avec sa bague, subtilise le corps du comte et le soumet à un bûcher purificateur, avec incantations sataniques et tout l’assortiment idoine. Elle espère être enfin libérée de la malédiction du vampirisme et mener la vie normale d’une artiste à succès à laquelle elle aspire depuis de nombreuses années. Mais son assistant Sandor (un Irving Pichel blafard à souhait) est sceptique. Et effectivement, dès que tombe la nuit, elle erre dans les rues à la recherche de victimes, pour s’endormir au petit matin dans un cercueil. 

Triangle amoureux et érotisme sous-jacent

Quelques belles scènes de vampirisation ponctuent ainsi le récit, notamment celle où Maria hypnotise une jeune crève-la-faim, Lili (Nan Grey), en lui faisant croire qu’elle envisage de peindre son portrait et en lui enjoignant de se déshabiller. L’érotisme sous-jacent fonctionne à plein régime, et laisse présager de ce que James Whale aurait fait du projet s’il l’avait pris à bras le corps. Tandis que Lili est retrouvée au petit matin, vidée en partie de son sang et en état de choc, la comtesse maudite cherche toujours les voies de la guérison. Lorsqu’elle rencontre Garth au cours d’une soirée mondaine, elle croit entrevoir une solution du côté de la psychanalyse, en chassant l’influence néfaste de l’esprit défunt de Dracula. Un triangle amoureux s’installe alors entre le médecin, sa pétillante assistante Janet Blake (Marguerite Churchill) et l’envoûtante femme vampire. Le final se déroule en Transylvanie et sacrifie aux images d’épinal d’usage (les Bavarois dansent et jouent de la musique tout en croulant sous le poids de la superstition) jusqu’à une chute revenant aux sources, dans le château familial des Dracula.

 

© Gilles Penso

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