LES VISITEURS (1993)

Visiteurs

En plongeant Christian Clavier et Jean Réno dans une comédie fantastico-médiévale, Jean-Marie Poiré trouve la formule magique d'un succès inespéré

LES VISITEURS

FRANCE – 1993

Réalisé par Jean-Marie Poiré

Avec Christian Clavier, Jean Reno, Valérie Lemercier, Marie-Anne Chazel, Christian Bujeau, Isabelle Nanty

THEMA VOYAGES DANS LE TEMPS I SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA LES VISITEURS

Auteur du mythique Le Père Noël est une Ordure, Jean-Marie Poiré essuya un terrible échec en 1989, au moment de la sortie de Mes Meilleurs Copains, une variante des Copains d’Abord de Lawrence Kasdan qui demeure pourtant à ce jour l’un de ses films les plus réussis, les plus drôles et les plus touchants. « A l’époque, j’étais devenu tellement impopulaire que les gens de la profession avaient tendance à changer de trottoir lorsqu’ils me croisaient », nous confie-t-il avec amertume. (1) Se souvenant des couples antithétiques de Francis Veber, façon L’Emmerdeur ou La Chèvre, Poiré créa alors le duo Christian Clavier/Jean Réno à l’occasion d’Opération Corned Beef, une comédie policière balourde qui connut pourtant un certain succès et redora son blason. 

D’où l’initiative des Visiteurs, neuvième long-métrage de Poiré qui unit à nouveau Réno et Clavier et s’avère franchement plus réjouissant que le film précédent, dans la mesure où le comique de situation y est plus riche et où l’humour flirte ici avec un Fantastique pleinement assumé. En cette belle année 1122, le preux et vaillant chevalier Godefroy Le Hardi (Réno), victime de l’envoûtement d’une sorcière, tue d’un tir d’arbalète le père de sa gente fiancée, Frénégonde de Pouille (Valérie Lemercier), en le prenant pour un ours. Pour réparer cette méprise, Godefroy et Jacquouille La Fripouille (Clavier), son fidèle écuyer, avalent une potion concoctée par le mage Eusaebius et censée les renvoyer dans le passé quelques secondes avant le drame. Mais, comble de malchance, une erreur de dosage dans le breuvage propulse les deux infortunés compagnons en 1992, où ils se retrouvent nez à nez avec leurs descendants. Le château de Montmirail, jadis propriété de Godefroy, est aujourd’hui un hôtel-relais dont le propriétaire, un certain Jacquart, ressemble étonnament à Jacquouille, tandis que la descendante de Godefroy, Béatrice, est mariée à un dentiste et vit dans une résidence en lisière de la ville… 

Attention aux crises d'épilepsie !

Les Visiteurs sacrifie aux joies du vaudeville, accumule les numéros d’acteurs (avec une mention spéciale pour Christian Bujeau et Isabelle Nanty) et joue à fond la carte de l’anachronisme, multipliant les décalages humoristiques et les dialogues ciselés. L’année de fabrication des Visiteurs marquant en outre la démocratisation des effets spéciaux numériques, Poiré peut se permettre des séquences truquées bien plus ambitieuses que ce à quoi le cinéma français nous avait habitué. « Évidemment, nous n’avions pas les moyens de James Cameron », nous avouait-il à l’époque, « et de toutes façons je ne voulais pas faire un film d’effets spéciaux. Nous avons donc écrit l’histoire sans jamais nous préoccuper des problèmes techniques » (2). La mise en scène de Poiré est certes discutable. Ses champs et contre-champs tournés au grand-angle et montés de manière frénétique sans le moindre respect du raccord le plus élémentaire ne sont pas loin de provoquer des crises d’épilepsie ! Quant à sa manière d’embarquer sa caméra sur les flèches en plein vol, elle s’inspire directement du Robin des Bois de Kevin Reynolds, lui-même sous influence manifeste de Sam Raimi. A l’avenant, le compositeur Eric Levi plagie sans vergogne le thème principal composé par Michael Kamen pour Robin des Bois. Succès colossal, Les Visiteurs se mua en véritable phénomène de société, et Jean-Marie Poiré s’efforça en vain d’en retrouver plus tard la recette. Mais visiblement, cette formule magique était à usage unique.
 
(1) Propos recueillis par votre serviteur en septembre 2002.
(2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 1993.
 
© Gilles Penso

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