LE GÉANT DE THESSALIE (1960)

Une relecture fantaisiste de la légende de Jason dans laquelle les Argonautes affrontent de jolies sorcières et un improbable cyclope…

IL GIGANTI DELLA TESSAGLIA

 

1960 – ITALIE / FRANCE

 

Réalisé par Riccardo Freda

 

Avec Roland Carey, Ziva Rodann, Massimo Girotti, Luciano Marin, Alberto Farnese, Nadia Sanders, Cathia Caro, Alfredo varelli

 

THEMA MYTHOLOGIE

Vaguement inspiré de la légende de Jason, Le Géant de Thessalie calque surtout ses péripéties sur celles de l’Odyssée d’Homère et bénéficie des qualités habituelles des films de Riccardo Freda (Les Vampires, Caltiki, Maciste en enfer), notamment une direction artistique extrêmement soignée et des décors somptueux. Nous sommes en l’an 1250 avant JC. Jason, incarné par l’athlétique Roland Carey, est parti depuis un an, confiant le trône à son cousin Adraste (Alberto Farnese), sous la protection duquel il a mis sa femme et son fils. Avec ses cinquante Argonautes, il est parti vers la Colchide pour ramener la Toison d’Or, afin d’apaiser les dieux et faire cesser les éruptions volcaniques qui ravagent la Thessalie. Mais Adraste espère secrètement que cette expédition va échouer, car il est éperdument amoureux de la femme de Jason, le fourbe ! Or à bord du navire Argo (une belle maquette pour les plans larges, une construction grandeur nature pour les plans serrés), le moral des troupes n’est pas à son fort.

Après avoir essuyé une redoutable tempête, les hommes souffrent de la faim et de la soif. Jusqu’à ce qu’ils accostent sur une île paradisiaque peuplée de femmes magnifiques qui se pâment face au récit de leurs exploits. Leur reine, Gaïa (Nadia Sanders), vit dans un palais digne de Cléopâtre et se déplace dans sa piscine à bulles à l’aide d’un petit bateau biplace ! C’est tout le charme de la mythologie gréco-romaine passée au filtre des sixties pop italiennes. Or à l’instar de Circé, les femmes de cette île étrange sont des sorcières qui transforment les hommes en animaux, en arbres ou en rochers. Gaïa elle-même n’a que l’apparence de la beauté et la jeunesse, grâce aux pouvoirs de son père Apollon. Car en réalité, c’est une vieille sorcière décrépie.

La bataille de la Toison d’or

Nos héros réchappent de justesse au maléfice de l’ensorceleuse puis atteignent une autre île, où tous les habitants sont en train de prendre la fuite. Chaque année, en effet, un monstre terrible y commet des ravages, et personne n’ose l’affronter. Jason, qui en a vu d’autres, décide de terrasser cette infernale créature. Il s’enfonce donc dans sa grotte, avec ses hommes, et lorsque la bête paraît enfin… le spectateur ne peut s’empêcher de pouffer de rire. Car il s’agit d’un comédien engoncé dans un ridicule costume de singe avec des oreilles décollées, une bouche s’ouvrant mécaniquement et un œil de cyclope exorbité. Le créateur de cette chose improbable est Carlo Rambaldi, futur concepteur du King Kong de Dino de Laurentiis. Cela dit, la bataille qui s’ensuit fonctionne plutôt bien, grâce à des angles de prise de vue donnant l’illusion du gigantisme du monstre, à un montage nerveux, et à l’utilisation d’une tête surdimensionnée pour les plans d’interaction entre la créature les humains. Toujours sous l’influence d’Ulysse, Jason élimine finalement le cyclope en lui enfonçant sa lance dans l’œil. Après une pluie de rochers qui manque de détruire leur navire, les Argonautes approchent enfin de la Colchide. Pour respecter l’oracle, Jason décide d’y aller seul. La Toison d’or tant convoitée gît dans la main d’une gigantesque statue que notre héros escalade à grand peine et qu’on rêverait de voir s’animer. Mais pour pouvoir jouir d’un tel spectacle, il allait falloir attendre le prodigieux Jason et les Argonautes, bien plus fidèle à la légende originale et bien moins avare en monstres dignes de ce nom.

 

© Gilles Penso

 

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