ÉVOLUTION (2016)

Un conte fantastique inclassable dans lequel d’étranges expériences chirurgicales sont menées dans un village isolé au bord de l’océan…

ÉVOLUTION

 

2016 – FRANCE

 

Réalisé par Lucile Hadzihalilovic

 

Avec Max Brebant, Julie-Marie Parmentier, Roxane Duran, Nathalie Le Gosles, Mathieu Goldfeld, Nissim Renard

 

THEMA MONSTRES MARINS I MÉDECINE EN FOLIE I MUTATIONS

Nicolas, onze ans, vit avec sa mère dans un village isolé au bord de l’océan, peuplé uniquement de femmes adultes et de garçons de son âge. L’enfant finit par s’interroger sur les étranges expériences chirurgicales qui sont menées dans l’hôpital de l’île… Évolution est un film de science-fiction, au sens le plus strict du terme. Il y est question d’un village côtier à l’abri de la civilisation, d’une société matriarcale ayant exclu toute présence adulte masculine, d’enfants soumis à des expériences chirurgicales contre-nature bouleversant les lois de l’évolution, de fusions troublantes entre l’anatomie humaine et celle de créatures marines… Spontanément, cet univers étrange et ses ramifications évoquent les récits d’H.P. Lovecraft et une grande partie de l’œuvre de David Cronenberg. Mais Lucile Hadzihalilovic est une réalisatrice atypique, échappant résolument à ce tissu d’influences pour construire un objet filmique inclassable et singulier. La seule référence cinématographique qu’elle s’autorise est Les Révoltés de l’an 2000 de Narciso Ibañez Serrador, moins d’ailleurs pour son intrigue ou ses thématiques que pour son atmosphère et son environnement. Le fait que les deux films aient été tournés sur des sites très similaires – à Grenade pour l’un, Lanzarote pour l’autre – n’est donc pas le fruit du hasard.

Évolution n’est pas facile d’accès. Son rythme extrêmement lent, son intrigue opaque et ses dialogues réduits à leur plus simple expression nécessitent une participation active, une implication forte et une bonne dose de patience de la part de ses spectateurs. Lucile Hadzihalilovic sait que tout le monde ne jouera pas le jeu mais court tout de même le risque de ne pas se conformer à une narration classique pour mieux exprimer sa sensibilité et affirmer son style. La démarche de la réalisatrice n’est pas pour autant l’hermétisme mais la volonté de faire vivre à ceux qui découvrent Évolution une expérience unique, immersive et sensitive. A la réflexion, tout aurait pu s’expliquer à l’issue d’un ultime rebondissement levant le voile sur les tests médicaux pratiqués sur les jeunes insulaires, sur les motivations ayant présidé à ces mutations biologiques, sur la nature véritable de ces enfants kidnappés et de leurs geôlières hybrides devenues mères adoptives.

Hors norme

Mais le scénario refuse d’en dire plus, pour éviter les travers d’explications laborieuses souvent décevantes, et surtout pour laisser l’imagination du public trouver seul les pièces manquantes du puzzle. Ouvert à de nombreuses interprétations, lisible sous un angle purement métaphorique (les allusions à la fécondation, à l’état embryonnaire et à la naissance sont légion), Évolution n’est donc pas un film « confortable », malgré son indéniable beauté plastique, et suscite un malaise insidieux et croissant. Le fait même qu’il ait pu se frayer un chemin jusque dans nos salles de cinéma tient du miracle. Qu’on adhère ou pas à la démarche artistique de Lucile Hadzihalilovic, on ne peut que se réjouir qu’il y ait de la place, sur grand écran, pour des œuvres aussi étranges et hors normes. Le fantastique est pluriel et doit pouvoir s’exprimer sous toutes ses facettes. A l’heure où les blockbusters formatés par les grands studios suralimentaient nos réseaux de distribution, Évolution prit les atours d’un ovni rafraîchissant.

 

© Gilles Penso


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