MONSTRES INVISIBLES (1958)

Un scientifique passionné de télékinésie donne naissance à des monstres rampants qui dévorent les cerveaux de leurs victimes…

FIEND WITHOUT A FACE

 

1958 – GB

 

Réalisé par Arthur Crabtree

 

Avec Marshall Thompson, Kynaston Reeves, Kim Parker, Stanley Maxted, Terry Kilburn, James Dyrenforth, Robert MacKenzie, Gil Winfield, Michael Balfour

 

THEMA MÉDECINE EN FOLIE

Alors que la paranoïa chère aux années 50 bat son plein en Occident, tous les moyens sont bons pour capitaliser sur les peurs du public en s’appuyant sur les concepts de science-fiction les plus farfelus. Voici donc venir Monstres invisibles, qui s’ouvre sur une série de décès mystérieux autour d’une base de l’Air Force dans le Manitoba, au Canada. Le cerveau et la moelle épinière des victimes ont purement et simplement disparu. Le major Jeff Cummings (Marshall Thompson), chargé de l’enquête, découvre bientôt l’impensable : ces crimes sont liés aux expériences du professeur Walgate (Kynaston Reeves), un vieux savant qui, en explorant les capacités de la télékinésie, a donné naissance à des créatures invisibles constituées de « pure pensée ». Affamées d’énergie atomique et de cerveaux humains, ces entités échappent rapidement à tout contrôle, battent la campagne et répandent la terreur… Produit en Angleterre mais conçu pour séduire le public américain, Monstres invisibles coche toutes les cases des séries B de SF de son époque. On y retrouve donc la peur de l’énergie nucléaire, la méfiance envers les savants et la crainte d’une pensée collective qui pourrait se retourner contre la démocratie. 

Arthur Crabtree, à qui l’on confie le film, est un réalisateur britannique plutôt habitué aux thrillers et pas franchement à l’aise avec la science-fiction. A peine le tournage commencé, il tourne les talons et décrète qu’il n’est pas l’homme de la situation. Ce n’est qu’après avoir lourdement insisté – et rappelé qu’il était lié au film contractuellement, qu’il le veuille ou non -, que les producteurs parviennent à le ramener sur le plateau. Crabtree tourne donc Les Monstres invisibles de mauvaise grâce, adoptant un style sobre et linéaire, sans véritable coup d’éclat. La première partie du film alterne ainsi les scènes d’exposition et les dialogues explicatifs. Fort heureusement, ces longueurs sont compensées par une atmosphère de tension efficace. Car l’ombre des monstres impalpables plane sur chaque scène : les objets bougent, la végétation se plie et des cris lointains suggèrent la présence des créatures avant même que celles-ci ne se montrent.

L’attaque des cerveaux vivants

Le véritable moment de magie survient dans le dernier quart d’heure. Les monstres, enfin visibles, prennent alors la forme de matières grises vivantes, affublées de petites antennes, de divers appendices articulés et d’une moelle épinière qui traîne comme une queue de serpent. Le responsable des séquences mettant en scène ces bestioles insolites est l’Allemand Florenz von Nordhoff, qui décide de recourir à la stop-motion et en confie l’animation à son partenaire Karl-Ludwig Ruppel. Ce dernier met en place un studio spécialement équipé à Munich et anime près de 70 plans pour les besoins du film, ce qui est colossal pour une série B de cette nature (budgétée à 50 000 livres à peine). Grâce à son travail, les spectateurs peuvent voir les cerveaux rampants se déplacer avec frénésie, agiter leurs appendices en tous sens et interagir avec les humains par l’entremise de rétroprojections miniatures. Ruppel anime également en stop-motion le sang qui coule sur les bêtes lorsqu’elles sont atteintes par des armes à feu, ainsi que leur décomposition finale. Ces séquences délirantes auraient visiblement choqué le public de l’époque, pas préparé à un tel choc. Aujourd’hui, le résultat aurait plutôt tendance à prêter à rire. Il n’empêche que Les Monstres invisibles s’est drapé d’un certain culte, et que Joe Dante revisitera ses fameux monstres dans la scène de la zone 52 du délirant Les Looney Tunes passent à l’action.

 

© Gilles Penso

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