

Pour contrer un monstre incandescent qui menace un royaume médiéval, la seule solution semble être de lui opposer un dragon de glace…
FIRE & ICE : THE DRAGON CHRONICLES
2008 – ROUMANIE
Réalisé par Pitof
Avec Amy Acker, Tom Wisdom, John Rhys-Davies, Arnold Vosloo, Razvan Vasilescu, Oana Pellea, Cabral Ibacka, Ovidiu Niculescu, Loredana Groza
THEMA HEROIC FANTASY I DRAGONS
Avant de devenir réalisateur, Pitof (né Jean-Christophe Comar) s’est d’abord illustré comme superviseur d’effets visuels, à une époque où le numérique commence à bouleverser les possibilités du cinéma fantastique. Son passage à la mise en scène avec Vidocq, en 2001, est loin d’être concluant. Mais outre-Atlantique, son utilisation surprenante de l’imagerie numérique, mise au service d’un polar historique mué en cauchemar baroque, suscite la curiosité. Suffisamment en tout cas pour lui ouvrir les portes d’Hollywood. En 2004, Pitof s’attaque ainsi à Catwoman, qui se traîne rapidement la réputation de l’un des films de super-héros les plus ratés de tous les temps. Après ce revers, le cinéaste français quitte les grosses productions américaines et revient à un projet autrement plus modeste : Fire & Ice, rebaptisé Les Chroniques du dragon chez nous. Produit en Roumanie avec l’ambition de s’inscrire dans la vague de fantasy déclenchée par le succès phénoménal de la trilogie Le Seigneur des anneaux, le film cherche à conjuguer l’aventure médiévale, les créatures fantastiques et un casting international. John Rhys-Davies, familier du genre grâce au Seigneur des anneaux, et Arnold Vosloo, révélé notamment par La Momie, viennent apporter une touche de prestige à cette production, considérée à l’époque comme la plus coûteuse jamais montée en Roumanie. Les Chroniques du dragon sera finalement distribué directement en vidéo ou à la télévision sur certains marchés.


Le royaume de Carpia connaît des jours paisibles, jusqu’à ce qu’un dragon de feu surgisse dans les airs. La créature, véritable masse volante incandescente, ravage les villages, détruit les récoltes et sème la terreur. À chacune de ses apparitions, le royaume semble un peu plus près de la catastrophe. Les armes humaines ne peuvent rien contre un adversaire pareil. Le roi Augustin (Arnold Vosloo) n’a pourtant pas totalement épuisé ses recours. Il pense à Alidor, un ancien chevalier autrefois capable de terrasser un dragon. Mais l’homme est tombé en disgrâce et demeure introuvable. Pendant que le royaume vacille, le souverain voisin, le roi Quilok (Ovidiu Niculescu), propose son aide. Une aide intéressée : Augustin devra céder son royaume en échange de sa protection. La princesse Luisa (Amy Acker) refuse de se résigner. Elle décide donc de partir à la recherche d’Alidor et s’aventure dans la forêt d’Izmar. Elle y rencontre Gabriel (Tom Wisdom), un jeune homme solitaire, ainsi que le roublard Sangimel (John Rhys-Davies). Or Gabriel n’est autre que le fils d’Alidor. La princesse parvient à le convaincre de revenir à Carpia et d’affronter l’héritage de son père. Mais comment vaincre un dragon que nul homme ne peut tuer ? Sangimel avance alors une idée un peu folle : opposer au monstre de feu son ennemi naturel, un dragon de glace…
Le chaud et le froid
Les Chroniques du Dragon n’est pas exactement le genre de film qui révolutionne la fantasy, c’est le moins qu’on puisse dire. Son scénario avance en ligne droite, réserve peu de véritables surprises et accumule les figures imposées du genre : le royaume menacé, la princesse courageuse, le héros au passé encombrant, le souverain ambitieux et les créatures mythologiques. Autre travers : le choix étrange de l’esthétique froide de l’image HD qu’avait expérimentée Pitof sur Vidocq. Ce parti-pris visuel s’avère franchement discutable dans un univers médiéval où l’on attend davantage de chaleur, de matière et de patine. Fort heureusement, les dragons eux-mêmes tiennent la route. Le dragon de feu est particulièrement saisissant dès sa première apparition : son corps semble lui-même produire les flammes, comme si le feu ne sortait pas seulement de sa gueule mais émanait de chaque parcelle de sa peau. Sa silhouette, croisement improbable entre celui d’une raie manta et d’un dinosaure, lui confère une identité visuelle singulière. Le dragon de glace, avec son enveloppe minérale et son souffle glacé, lui répond comme un miroir inversé. C’est évidemment leur affrontement aérien qui constitue le morceau de bravoure du film. On sent d’ailleurs que l’essentiel des moyens consacrés aux effets spéciaux est passé dans ces créatures, dans la mesure où certains trucages secondaires se révèlent nettement plus fragiles. Pas inoubliable mais raisonnablement distrayant, Les Chroniques du dragon est le film le moins connu de Pitof, et c’est pourtant celui qui, paradoxalement, a sans doute le mieux vieilli.
© Gilles Penso
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