

La marionnette fabriquée par Gepetto a changé de ton : désormais, elle se met en quête de chair humaine pour se transformer en vrai garçon…
PINOCCHIO UNSTRUNG
2026 – USA / GB
Réalisé par Rhys Frake-Waterfield
Avec Jude Evan Lloyd, Richard Brake, Robert Englund, Cameron Bell, Jessica Balmer, Karolina Knight, Mya Brown, Peter DeSouza-Feighoney, Jack Art Gray
THEMA JOUETS
Le « Twisted Childhood Universe » (entendez “L’univers de l’enfance pervertie”) continue à se développer en s’employant méticuleusement à transformer les icônes de nos jeunes années en monstres assoiffées de sang. Après les deux Winnie the Pooh : Blood and Honey, Le Cauchemar de Peter Pan et Bambi : la vengeance, place donc à Pinocchio déchaîné. À vrai dire, ce n’est pas la première fois que le sympathique pantin en bois imaginé par Carlo Collodi se mue en personnage de film d’horreur, puisque La Revanche de Pinocchio de Kevin Tenney est déjà passé par là en 1996. Mais Rhys Frake-Waterfield (réalisateur des variantes déviantes de Winnie l’ourson mais aussi de Killing Tree, Firenado et Sky Monster) entend aller beaucoup plus loin en poussant à fond tous les curseurs des jets d’hémoglobine. Pour donner corps à sa vision écarlate des aventures de la marionnette vivante, le scénariste/réalisateur s’allie quelques guest stars habituées au genre, notamment Richard Brake, l’un des acteurs fétiches de Rob Zombie (Halloween 2, 31, 3 From Hell, The Munsters), dans le rôle de Gepetto, et Robert Englund (Freddy Krueger en personne) pour prêter sa voix au criquet. Et pour s’amuser à croiser les personnages de cet univers partagé, façon Marvel Cinematic Universe, il sollicite DeSouza-Feighoney et Christopher Chambers qui reprennent furtivement les rôles de Michael Darling et Christopher Robin qu’ils tenaient respectivement dans Le Cauchemar de Peter Pan et Winnie the Pooh : Blood and Honey 2.


Après la mort tragique de ses parents dans un accident de voiture, James (Cameron Bell), 14 ans, est envoyé vivre chez son grand-père Geppetto (Richard Brake). Traumatisé et solitaire, il se lie d’amitié avec un garçon qui succombe à un cancer en phase terminale. James est donc une nouvelle fois confronté à la perte d’un être cher. Déterminé à ne plus voir son petit-fils souffrir, Geppetto se promet de fabriquer un ami qui ne l’abandonnera jamais. Un an plus tard, réveillé en pleine nuit par d’étranges bruits provenant du sous-sol, James découvre la surprenante création de son grand-père : Pinocchio, une marionnette en bois douée de conscience, dont le nez s’allonge chaque fois qu’elle ment (et à qui Jude Evan Lloyd prête sa voix). Conçu pour devenir le compagnon de James, Pinocchio noue rapidement avec lui une relation fraternelle. Fasciné par les humains, il rêve bientôt de devenir un véritable petit garçon. Alors que James est à l’école, Pinocchio explore le sous-sol et découvre une créature de bois défigurée qui se présente comme sa « Mère en Bois » (Emma Tate). Celle-ci lui révèle qu’il ne sera jamais considéré comme un égal de James tant qu’il restera une marionnette. Pour devenir humain, il devra se procurer des organes et de la peau prélevés sur des spécimens vivants.
Gueule de bois
L’un des partis pris artistiques majeurs adoptés par Rhys Frake-Waterfield est l’emploi d’un maximum d’effets spéciaux pratiques. Pinocchio est donc une marionnette animatronique, comme l’inquiétante « Mère en Bois » et le sinistre criquet, le tout sous la supervision du vétéran Todd Masters (Necronomicon, Horribilis, Child’s Play). Le cinéaste insiste sur ce point, concevant même un générique de fin entièrement dédié aux coulisses du tournage. Le ton est d’ailleurs donné dès le générique de début, conçu de manière artisanale avec des marionnettes découpées et filmées en ombres chinoises. La même philosophie est adaptée aux effets gore, qui éclaboussent régulièrement l’écran avec un sens de la démesure qui n’est pas sans rappeler les débordements de la saga Terrifier. Certaines séquences, comme celle de la salle de sport (digne de Destination finale), de l’hôpital, du cabinet de dentiste ou de la piscine, poussent le délire horrifique assez loin. Ces effets spéciaux excessifs constituent l’intérêt principal du film, car le scénario assure le service minimum malgré une intéressante tendance à briser tout le manichéisme inhérent au conte original. Ainsi, au-delà du pantin mué en tueur en série et au criquet agissant comme une mauvaise conscience déviante, le personnage de Gepetto se révèle être le vrai super-vilain du film, une sorte de docteur Frankenstein psychopathe tellement obsédé par la vie après la mort qu’il perd toute notion de bien et de mal. Dans le rôle, Richard Brake est parfait, même si les ambitions narratives du film auraient gagné à dépasser le simple exercice de style sanglant et provocateur. Dommage, parce que Rhys Frake-Waterfield n’est pas passé loin d’un véritable petit classique de l’horreur.
© Gilles Penso
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