GIRL IN THE NIGHT (2026)

Le modeste employé d’une supérette est fasciné par une jeune fille taciturne qui passe ses nuits à réparer les injustices. S’agit-il d’une super-héroïne ?

DEKLE NOCI

2026 – SLOVÉNIE

Réalisé par Luka Marcetic

Avec Urban Kuntaric, Lara Wolf, Rok Roudi, Nej Jezernik, Doroteja Nadrah, Maja Sever, Marko Mandir, Nina Valic, Ana Facchini, Niko Zagode

THEMA SUPER-HÉROS

Pour son deuxième long-métrage, le scénariste et réalisateur Luka Marcetic décide de détourner les codes des films de super-héros pour livrer une réflexion douce-amère sur la banalité de la vie moderne, plongeant les individus dans l’anonymat et la solitude, le tout ponctué d’humour pince-sans-rire. Il développe les premières ébauches du scénario en 2017, bien conscient qu’il va lui falloir réfréner ses ambitions s’il veut pouvoir concrétiser un tel projet. « Nous vivons en Slovénie », explique-t-il. « C’est un tout petit pays qui ne dispose pas d’un budget très important pour le cinéma. Quand j’ai eu l’idée de Girl in the Night, le premier défi a donc été de trouver comment créer un film de super-héros slovène qui soit crédible à l’écran. Au départ, cela semblait presque impossible, c’est pourquoi cette contrainte de production s’est glissée dans l’écriture de mon scénario. » (1) La difficulté finit par se muer en atout, puisque la sobriété et le minimalisme deviennent les maîtres-mots du film et participent grandement à sa personnalité. Les scènes d’action suivent la même logique. « Elles sont souvent cadrées en plan fixe et en ombres chinoises », commente Marcetic. « Il y a deux raisons à ça : d’une part, j’aime beaucoup regarder les scènes d’action d’un film de manière statique, sans caméra tremblante ni autres artifices. Et d’autre part, j’apprécie particulièrement les silhouettes. » (2) Le réalisateur et sa petite équipe emballent Girl in the Night avec un budget très restreint, tirant partie de la photogénie un peu triste des décors nocturnes des cités slovènes que le directeur de la photographie Lev Predan Kowarsk saisit avec beaucoup d’acuité.

Pour tromper son ennui, Rok (Urban Kuntaric), employé dans une supérette de nuit, vole des tablettes de chocolat, traîne avec son colocataire Kremen (Rok Roudi) et laisse le temps s’écouler sous les néons blafards. Son quotidien monotone bascule lorsqu’une mystérieuse jeune femme (Lara Wolf) fait irruption dans le magasin, le visage couvert de bleus. Insaisissable, elle ne semble vivre que la nuit et prétend posséder des super-pouvoirs. Est-ce une mythomane ? Toujours est-il qu’elle s’est réellement fixé pour mission de rendre une justice expéditive à ceux qui lui ont fait du tort, ainsi qu’à d’autres victimes du quartier. Fasciné par cette fille dont le comportement échappe à toute logique, Rok cherche un moyen de la revoir. Il décide donc de subtiliser son vélo et de proposer ses services pour l’aider à retrouver le voleur. Le voilà devenu co-équipier de cette « super-héroïne » taciturne qui va lui permettre d’égayer ses nuits mais risque aussi de l’entraîner dans des situations de plus en plus périlleuses…

Le voleur de bicyclette

Cultivant volontairement une atmosphère maussade et tristounette, Girl in the Night aborde frontalement les thèmes de la solitude, de l’ennui et de l’incommunicabilité. Dans ce monde mutique qui semble représenter à petite échelle tous les probe!mes de notre société abrutissante, on se parle par monosyllabes pour échanger des banalités et les silences s’installent pesamment. Girl in the Night met ainsi en scène l’une des soirées d’anniversaire les plus glauques et en même temps les plus touchantes qui soient. C’est là toute l’étrangeté de ce film, sans cesse partagé entre l’humour et  la morosité. Avec sa haute stature et sa mâchoire carrée digne du Schwarzenegger des années 80, Urban Kuntaric campe à merveille cet individu noyé dans la masse et coincé dans une routine sans fantaisie. On comprend forcément son attirance pour cette fille qui semble libre de n’en faire qu’à sa tête. Le duo parfaitement improbable qu’ils forment – elle Batman et lui Robin, en quelque sorte – est d’autant plus grotesque qu’il fait presque deux fois sa taille. Mais c’est lui le passif, l’apathique, et elle la combattante pugnace. Pas facile d’accès, le film de Luka Marcetic prend le risque d’installer la lassitude chez les spectateurs et de les empêcher de s’attacher pleinement à des protagonistes uniformément moroses. Mais il va au bout de sa démarche singulière, bousculant volontairement tous les clichés du genre. Présenté au Fantastic Fest d’Austin, Girl in the Night y remporta le prix du meilleur long métrage.

(1) et (2) Extraits d’une interview publiée sur Eye For Film en septembre 2026

© Gilles Penso

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