LE JOUR OÙ LA TERRE S’ARRÊTA (2008)

Un remake raté qui démontre une incompréhension totale de son magistral modèle

THE DAY THE EARTH STOOD STILL

2008 – USA

Réalisé par Scott Derrickson

Avec Keanu Reeves, jennifer Connelly, Kathy Bates, Jaden Smith, John Cleese, Jon Hamm, Kyle Chandler, Robert Kneppe

THEMA EXTRA-TERRESTRES

La dimension politique du premier Jour où la Terre s’arrêta, inscrite dans la directe après-guerre, ne pouvait pas être la même 57 ans plus tard. Judicieusement, le scénariste David Scarpa (Le Dernier château) a donc déplacé la problématique du film original vers les préoccupations environnementales des années 2000, même si l’enjeu définitif reste le même : la survie ou non de l’espèce humaine. Lorsque le film commence, nous sommes en 1928. Un alpiniste pris dans une tempête de neige découvre une étrange sphère lumineuse qui semble animée d’une vie propre. Celle-ci lui prélève un échantillon d’ADN puis le laisse à demi inconscient sur la glace. 80 ans plus tard, la scientifique Helen Benson (Jennifer Connelly, magnifique comme toujours) est convoquée manu militari pour rejoindre une cellule de crise. Un objet volant non identifié s’apprête en effet à s’écraser sur Terre et l’on s’affole légitimement en haut lieu. Or l’objet finit par décélérer et atterrit en douceur dans Central Park. Il s’agit d’une sphère colossale, de laquelle émerge Klaatu, un extra-terrestre ayant pris des traits humains (Keanu Reeves, impeccable). « Il me semblait intéressant d’imaginer un peuple possédant une technologie plus écologique et plus biologique que la nôtre », explique le réalisateur Scott Derrickson. « D’où le nouvel aspect du vaisseau, en forme de sphère organique, de Klaatu, dont la combinaison ressemble à une seconde peau, et du robot Gort, qui ressemble à une version géante de celui du film de Robert Wise mais ne révèle que plus tard sa véritable nature. » (1) 

Véritable juge d’outre-espace, Klaatu est venu délivrer un message aux humains : à force de ne pas respecter la Terre, ils sont sur le point d’atteindre un point de non-retour au-delà duquel elle ne pourra plus être préservée. Or une planète ne peut être sacrifiée au profit d’une espèce. « Si la Terre meurt vous mourez, si vous mourez la Terre survit » dit-il sans appel. On le voit, le fil conducteur narratif du classique de Robert Wise a été respecté, et la force de l’enjeu dramatique demeure intacte. « Au fil de l’intrigue, le comportement de Klaatu est de moins en moins extra-terrestre et de plus en plus humain, mais il garde toujours ce recul, cette distanciation avec notre monde », explique Keanu Reeves. « Pour y parvenir, je me suis efforcé de limiter au maximum mes expressions. Il a fallu que j’adopte un jeu très intériorisé, que j’en fasse finalement le moins possible. » (2) Le couple d’acteurs stars donne ici la réplique à quelques seconds rôles savoureux, notamment John Cleese dans la peau d’un scientifique philosophe dont on peut regretter la brièveté de l’intervention.

Plein de belles intentions qui partent en fumée

Et c’est bien là que le bât blesse. Ambitieux et bourré de bonnes intentions, ce nouveau Jour où la Terre s’arrêta peine en effet à tirer parti de tout ce qu’il met en place et escamote bon nombre d’éléments passionnants et de sous-intrigues prometteuses, comme si le montage définitif avait délesté le métrage d’une bonne demi-heure. La constitution d’une arche moderne, la difficile accoutumance de Klaatu à son organisme humain, la présence d’un second extra-terrestre dissimulé parmi les terriens, voilà autant d’idées au fort potentiel auquel le scénario ne réserve pourtant aucun développement digne de ce nom. Ce problème s’accroît au cours d’un dénouement très peu satisfaisant, dans la mesure où le message de Klaatu n’est entendu que par un tout petit nombre (contrairement à l’assemblée mondiale qu’il est censé convoquer) et que les raisons qui motivent son ultime décision nous échappent quelque peu. Le Jour où la Terre s’arrêta version 2008 s’essouffle donc progressivement, d’autant qu’il finit par privilégier les démonstrations d’effets spéciaux numérico-pyrotechniques (par l’entremise d’un Gort devenu gigantesque et volatile) aux dépens des relations interpersonnelles. « Dans un film comme Le Jour où la Terre s’arrêta, aussi riche en effets spéciaux et en séquences spectaculaires, il faut être très vigilant car les personnages peuvent facilement se noyer dans la masse, s’effacer derrière le spectacle » nous avouait Jennifer Connelly (3). Ses craintes sont hélas justifiées, le film ne laissant guère à Scott Derrickson le loisir d’exploiter les qualités de mise en scène qu’il avait révélées dans L’Exorcisme d’Emily Rose.

(1), (2) et (3) Propos recueillis par votre serviteur en novembre 2008.

© Gilles Penso

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