LUCY (2013)

Luc Besson décline une fois de plus l'imagerie de Nikita en y ajoutant cette fois un étrange argument de science-fiction

LUCY

2013 – FRANCE / USA

Réalisé par Luc Besson

Avec Scarlett Johansson, Morgan Freeman, Choi Min-sik, Amr Waked, Analeigh Tipton

THEMA POUVOIRS PARANORMAUX

Luc Besson et EuropaCorp poursuivent dans leur stratégie ambitieuse de produire des blockbusters made in France capables de rivaliser avec leurs homologues américains. C’est dans cette logique que s’inscrit Lucy, un thriller SF porté par la populaire Scarlett Johansson et nanti du plus gros budget jamais levé pour une production estampillée EuropaCorp : 40 millions de dollars. L’histoire d’une jeune femme sans histoire qui, à la suite d’un hasard malencontreux, se retrouve infectée par une drogue nouvelle génération lui ouvrant les portes des zones dormantes de son cerveau. Car comme on le sait tous, l’homme n’utilise qu’approximativement 10% de ses capacités cérébrales. Et si demain, il avait la faculté d’en utiliser les 100% ? Le pitch de Lucy n’est pas sans rappeler le très bon Limitless de Neil Burger avec Bradley Cooper. Transcendance aussi, dans une moindre mesure. Si l’on pouvait s’attendre à une énième série B répondant à tous les codes du marketing à la sauce Besson/EuropaCorp, Lucy surprend.

Emmené par un casting international trois étoiles (sexy Scarlett, le « old man » Morgan Freeman et le coréen fêlé Choi Min-sik), ce nouvel effort bessonien est probablement l’un des meilleurs exercices du bonhomme, ces dernières années. Emballé avec énergie, inspiration et non sans une pointe d’intelligence, Lucy est un divertissement haletant qui a le double mérite de faire passer un bon moment tout en s’octroyant le droit de poser une petite réflexion sur le genre humain, aussi sommaire sera-t-elle considéré par certains. Mélange de thriller hargneux, de film de gangsters violent et de cinéma d’anticipation, Lucy est tout à tour efficace et barré, jonglant entre le classicisme d’un actioner expéditif et le film de SF à la limite du métaphysique avec paraboles illustrées à l’appui. Un pari audacieux pour papa Besson, qui s’en tire avec les honneurs malgré quelques défauts évidents et une cohérence globale très discutable. En premier lieu, une durée qui applique un principe de concision trop extrême. Réduit à un peu moins d’1h30, Lucy paraît trop court, filant sur l’écran à la vitesse de la lumière là où l’on aurait aimé voir le cinéaste davantage creuser son récit.

Succinct, rapide et déséquilibré

Car mine de rien, il a des choses intéressantes à dire le Besson et il soulève des points qui, malheureusement, ne sont pas assez exploités, peut-être par peur de tomber soit dans la prétention, soit dans l’inefficacité. Clairement, on n’aurait pas rechigné sur une petite demi-heure en plus, histoire de contrebalancer les trop nombreux délires visuels bisseux rendant parfois le film abscons, par une histoire davantage étoffée. Trop succinct dans sa structure, sa narration, trop rapide dans sa progression, Lucy souffre d’un certain déséquilibre qui lui donne une apparence furtive. Reste néanmoins une honnête surprise, pas le chef d’œuvre de l’année, mais un effort divertissant, rondement mené et palpitant, ne cédant pas à la surenchère vulgaire mais au contraire, recherchant une forme de maturité même si elle s’avère parfois maladroite, notamment dans l’abondance des métaphores sur la nature, qui laissent parfois sceptiques. Et quelle belle héroïne badass aux allures de Nikita version SF !  

 

© Nicolas Rieux

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