

L’homme-araignée doit faire face à une nouvelle menace qui semble impossible à vaincre et à son ADN arachnéen qui commence à se rebiffer…
SPIDER-MAN BRAND NEW DAY
2026 – USA
Réalisé par Destin Daniel Cretton
Avec Tom Holland, Zendaya, Sadie Sink, Jacob Batalon, Jon Bernthal, Tramell Tillman, Michael Mando, Mark Ruffalo, Zarra Kaahn, Billy Clements, Marvin Jones III
THEMA SUPER-HÉROS I SAGA SPIDER-MAN I MARVEL I MCU
Officiellement évoqué dès l’été 2019, avant même la sortie de Spider-Man No Way Home, Brand New Day a bien failli ne jamais voir le jour, à cause d’une rupture spectaculaire entre Sony et Disney autour des droits du personnage. Pendant quelques semaines, chacun campe sur ses positions et Sony annonce vouloir poursuivre l’aventure sans Kevin Feige ni Marvel Studios. Face au tollé des fans, les deux camps reviennent finalement à la table des négociations et concluent un nouvel accord. Pour autant, rien n’est réellement acté. Après le triomphe de No Way Home, Tom Holland lui-même souffle le chaud et le froid. L’acteur considère que la trilogie qu’il interprète forme un ensemble cohérent et confie à plusieurs reprises qu’il préférerait quitter le costume plutôt que de jouer Spider-Man jusqu’à la trentaine. Il évoque même l’idée de laisser Peter Parker passer le relais à Miles Morales. Kevin Feige et la productrice Amy Pascal, eux, assurent qu’une nouvelle histoire est en préparation, mais sans jamais masquer les difficultés à lui trouver une véritable raison d’exister. Ces hésitations vont durer près de trois ans. Une première ébauche est lancée avant d’être stoppée net par la grève des scénaristes en 2023. À la reprise, le projet repart quasiment de zéro. Cette fois, Holland participe très en amont aux discussions et se met d’accord avec les scénaristes pour ramener le super-héros sur la terre ferme. Autrement dit : adieu les multiverses et les menaces cosmiques. Jon Watts, réalisateur de la trilogie précédente, finit par jeter l’éponge, cédant la place à Destin Daniel Cretton (Shang-Chi et la légende des dix anneaux).


C’est donc sur un terrain très instable que se construit Brand New Day – dont le titre se réfère à un arc narratif développé dans les comics en 2008 -, le film se réécrivant presque jusqu’à la veille du tournage. Et pour être honnête, ça se sent. L’intrigue démarre dans la foulée des événements racontés dans No Way Home. À la suite du sortilège lancé par le Dr Strange, le monde a donc totalement oublié l’existence de Peter Parker. Quatre ans plus tard, toujours endeuillé par la mort de sa chère tante May, Parker protège New York dans l’anonymat sous les traits de Spider-Man et collabore étroitement avec les forces de police pour lutter contre le crime. Alors qu’il enquête sur une nouvelle menace redoutable que rien ne semble pouvoir arrêter, notre justicier masqué découvre que ses super-pouvoirs subissent une évolution surprenante qui finissent par altérer son comportement. Comme si ça ne suffisait pas, Spidey va se heurter au Punisher, à Hulk, à une poignée de super-vilains « classiques » (ce qui permet au film de reconstituer quelques couvertures mythiques de Amazing Fantasy, Amazing Spider-Man et Spectacular Spider-Man, pour le plaisir des fans de la première heure) et devoir gérer le fait que ni son ami Ned, ni sa bien-aimée MJ ne se souviennent de lui.
Dans sa toile il attend d'attraper les brigands…
Conséquence inévitable de ses nombreuses réécritures, des vents contraires ayant présidé à sa mise en chantier, de la volonté des auteurs de centrer l’histoire sur les tourments de Parker et des contraintes nécessitées par le besoin d’inscrire ce film dans le Marvel Cinematic Universe (dont il est le 38ème épisode), le scénario de Spider-Man Brand New Day part dans tous les sens. Sa structure narrative étrange, anti-climatique, enchaîne donc les scènes intimistes et les passages spectaculaires sans réel sens de la dynamique. Indépendamment, plusieurs passages fonctionnent plutôt bien, notamment les parenthèses émotionnelles incarnées par Tom Holland et Zendaya (dont l’alchimie dans la vraie vie transparaît pleinement à l’écran), mais l’ensemble donne le sentiment d’un trop-plein d’idées mal géré. Et même si de belles trouvailles de mise en scène jalonnent le film – comme lorsque la caméra colle à Spider-Man pendant ses séances de voltige, prolongeant habilement les expérimentations immersives de Sam Raimi et de Marc Webb -, la plupart des séquences de combats ressemblent à des animatiques développées par les équipes de prévisualisation et simplement « passées au propre ». Les images clés sont bien visibles, conçues comme autant de passages destinés à enrichir la bande-annonce. Spider-Man se fend même d’un « cool ! » lorsque les ninjas de La Main foncent sur lui en ultra-ralenti dans une pose très graphique, comme s’il était fan lui-même de ses propres aventures. Même constat du côté des « vedettes invitées ». Retrouver le vrai Hulk et cette bonne vieille trogne hargneuse de Jon Bernthal en Punisher fait toujours plaisir, mais que dire des apparitions embarrassantes de Florence Pugh ? On l’aura compris, voilà un nouvel opus prisonnier de ses propres contraintes, et donc incapable de développer un souffle et une personnalité dignes de ce nom. Qu’il semble lointain le temps où Sam Raimi défrichait en toute liberté un terrain cinématographique encore vierge !
© Gilles Penso
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