LES NIBELUNGEN (1924)

Fritz Lang dirige avec emphase l'ancêtre épique et monumental de tous les films d'heroïc fantasy

DIE NIBELUNGEN

1924 – ALLEMAGNE

Réalisé par Fritz Lang

Avec Paul Richter, Gertrud Arnold, Margarete Schön, Hanna Ralph, Theodor Loos, Hans Carl Mueller, Hand Adalbert Schlettow

THEMA HEROIC FANTASY 

Longtemps avant ConanExcalibur et Le Seigneur des Anneaux, l’heroïc fantasy faisait son entrée fracassante au cinéma avec Les Nibelungen. S’inspirant de la célèbre légende de Siegfried, Fritz Lang accède à un budget colossal alloué par la compagnie allemande UFA et livre à son public ébahi une œuvre titanesque en deux parties de deux heures et demie chacune : « Siegfried » et « La Revanche de Kriemhild ». Le réalisateur de Metropolis s’éloigne volontairement de l’approche de Richard Wagner, qui popularisa le mythe à travers son célèbre opéra, pour proposer une œuvre résolument personnelle. 

Les premières minutes de cette épopée nous permettent de découvrir Siegfried, fils du roi Sigmund, un homme valeureux qui n’hésite pas à braver un redoutable dragon pour conquérir la reine Kriemhild. Entrée dans les annales, cette séquence marque les premiers pas de l’animatronique avant la lettre, dans la mesure où le monstre, une merveille mécanique de seize mètres de long, est animée en direct par une demi-douzaine de manipulateurs et s’avère capable de souffler des flammes et de saigner avec un réalisme confondant. Ayant vaincu la bête, notre héros se baigne dans son sang et en tire l’invulnérabilité, sauf à l’endroit de son dos où se pose subrepticement une feuille de tilleul. Sur son chemin, il croise également le hideux Nibelung, dont il récupère le fabuleux trésor ainsi qu’une couronne magique, après l’avoir vaincu sans mal. Le roi Gunther accepte alors de donner à Siegfried la main de sa sœur Kriemhild. En contrepartie, il demande au héros de l’aider à conquérir la vierge guerrière Brunhild en affrontant à sa place les trois épreuves physiques qu’elle soumet à ses prétendants. Le double mariage qui s’ensuit semble acheminer le récit vers un glorieux happy end. Mais au cours d’une dispute avec Kriemhild, Brunhild apprend la supercherie et exige que Gunther tue Siegfried pour laver son honneur… 

Un très long métrage sublimement outrancier

Pour le plus grand bonheur de spectateurs aux anges, Les Nibelungen accumule décors somptueux, effets spéciaux extraordinaires et costumes sublimement outranciers. Des séquences inoubliables ponctuent donc ce très long métrage : le combat contre le dragon, bien sûr, mais aussi les panoramas de la cité des Worms (dont le style architectural semble mixer le moyen âge et l’art déco), la pétrification des serviteurs nains de Nibelung dans une caverne sinistre et enfumée, le rêve de Kriemhild (un dessin animé stylisé où des faucons noirs fondent sur une colombe), le château de Brunhild encerclé de flammes ou encore l’arbre en forme de tête de mort qui clôt lugubrement la première partie. Fritz Lang témoigne à travers cette œuvre hors du commun d’une véritable déclaration d’amour à l’art plastique, tant son diptyque ressemble à un enchaînement de tableaux de maîtres. Au faîte de son ascension, le régime nazi récupéra les images les plus fortes des Nibelungen à des fins politiques, ignorant cependant la seconde partie dont le sujet (le chaos engendré par la loi du talion) ne collait guère à la propagande échafaudée par Goebbels. Cet état de fait précipita la fuite de Fritz Lang vers les Etats-Unis.

 

© Gilles Penso

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