LA NUIT DES FOUS VIVANTS (1973)

Entre deux films de morts-vivants, George Romero continue à brocarder les militaires et les politiciens face à un nouveau fléau

THE CRAZIES

1973 – USA

Réalisé par George Romero

Avec Lane Carroll, Will MacMillan, Harold Wayne Jones, Lloyd Hollar, Lynn Lowry, Richard Liberty, Richard France

THEMA MUTATIONS 

Après le coup d’éclat de La Nuit des Morts-Vivants, George Romero tentait de varier les plaisirs avec la comédie romantique légère There’s Always Vanilla. Constellé d’intéressantes expérimentations de mise en scène, ce second long-métrage visiblement influencé par la Nouvelle Vague française est hélas très mal distribué et passe complètement inaperçu. Romero retient la leçon et décide de revenir sévir dans le genre fantastique auquel il ne fera quasiment plus jamais d’infidélité. C’est la raison qui le pousse à mettre en scène The Crazies, que des distributeurs français opportunistes affublent d’un titre totalement absurde : La Nuit des fous vivants ! Le scénario s’inspire d’une histoire écrite par Paul McCollough, ami et collaborateur du cinéaste. Le postulat est simple : un médicament expérimental, dont le nom de code est Trixie, a été déversé dans les réserves d’eau d’une petite ville de Pennsylvanie. Dès lors, les habitants semblent pris d’accès de folie très violents. Face à cette menace inattendue et particulièrement contagieuse, les citoyens et les forces de l’ordre tentent de résister, tandis que les scientifiques s’efforcent d’enrayer la contamination. Si les cadavres ambulants ne sont pas ici de la partie, les motifs chers à Romero sont plus que jamais prégnants, notamment l’opposition des scientifiques et de l’armée, le dépassement des autorités politiques et les réactions de la population face à une menace qui vient de l’intérieur. 

« Je me souviens des black-outs, à l’époque où nous craignions que les Russes attaquent les Etats-Unis », raconte Romero. « Cette atmosphère anxiogène et paranoïaque m’a influencé. J’ai grandi dans le Bronx, et la mentalité des gangs m’a également marqué. C’était vraiment West Side Story. Voilà d’où viennent mes peurs et mes thèmes. » (1) L’originalité de The Crazies consiste à adopter tour à tour le point de vue des militaires et des simples habitants, moyen idéal de dénoncer une fois de plus les travers de l’humanité et le surgissement des instincts les plus bas lorsque la survie est en jeu. On sent bien que le traumatisme de la guerre du Vietnam est toujours très prégnant. Ce détournement intelligent des codes du genre horrifique ne fait pourtant pas vraiment école auprès des contemporains de Romero, peu portés sur une approche politisée. « Je suis étonné que les cinéastes se servent si rarement du fantastique en guise de métaphore » confirme le cinéaste. « Le cinéma est pourtant le médium idéal pour le rêve et l’illusion. » (2)

Le détournement des codes du genre

Tourné à l’économie (pour un budget de 270 000 dollars de l’époque), The Crazies sollicite de nombreux acteurs locaux non porfessionnels, notamment les soldats en combinaison de décontamination qui sont souvent joués par des étudiants entre deux cours ! Même les effets spéciaux et les cascades sont réalisés en dehors du cadre hollywoodien traditionnel, les pompiers et les artificiers de la région d’Evans, Pennsylvanie, où fut tourné le film, se substituant ainsi aux cascadeurs et aux pyrotechniciens. C’est d’autant plus surprenant que le long-métrage se montre peu avare en fusillades et en explosions. En 2010, La Nuit des fous vivants fera l’objet d’un remake efficace signé Breck Eisner.
 
(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juillet 2005.
 
© Gilles Penso

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