ABOMINABLE (2006)

Abominable

Pour sa première réalisation, le fils du compositeur Lalo Schifrin s'offre un monstre velu délicieusement old school

ABOMINABLE

2006 – USA

Réalisé par Ryan Schifrin

Avec Matt McCoy, Haley Joel, Christien Tinsley, Karin Anna Cheung, Jeffrey Combs, Natalie Compagno, Michael Deak

THEMA YETIS ET CHAÎNONS MANQUANTS

Abominable est le premier long-métrage de Ryan Schifrin, le fils du célèbre compositeur Lalo Schifrin (à qui nous devons quelques bandes originales mythiques comme Mission Impossible, Bullit ou Amityville). Le vénérable artiste accepte donc de sortir de sa retraite pour composer la musique du film de son fiston, accentuant la patine « old school » dont le jeune réalisateur dote son galop d’essai. Abominable nous évoque du coup certains téléfilms de genre des seventies qui compensaient leurs faibles moyens par une mise en scène efficace et des comédiens solides. 

Abominable - photo
Six mois après un accident d’alpinisme ayant coûté la vie à son épouse dans la ville montagneuse de Flatwood, Preston Rogers (Matt McCoy) est désormais cloué sur un fauteuil roulant. Pour combattre ce traumatisme, son psychiatre lui demande de retourner sur les lieux du drame, en compagnie d’Otis, un garde-malade patibulaire. Déjà peu rassuré entre les quatre murs du chalet qu’il occupe avec son rude « co-locataire », Preston voit son malaise s’accroître en apercevant une paire d’yeux rouges dans la forêt. Evidemment, Otis ne le prend guère au sérieux. Les choses se compliquent lorsqu’un groupe de jeunes filles s’installent dans le chalet voisin et que l’une d’elles semble disparaître dans les bois sous les yeux de Preston. Toutes ses tentatives pour alerter son entourage semblent vouées à l’échec : la police – qu’il contacte via sa connexion internet – croit à un canular, et ses jeunes voisines sont persuadées d’avoir affaire à un voyeur pervers qui les espionne sans complexe. Preston va donc devoir faire fi de son handicap et de ses phobies pour se jeter dans la gueule du loup… Ou plutôt du Yéti, comme semble le confirmer la déclaration d’un scientifique à la télévision : « Ce que nous avons là est beaucoup plus grand que le Bigfoot, et plus méchant. C’est plutôt le genre abominable homme des neiges de l’Himalaya ». Nous voilà prévenus ! Le héros cloué sur un fauteuil roulant, qui observe les alentours avec ses jumelles, évoque bien sûr celui de Fenêtre sur cour, en accord avec une série de séquences de suspense plutôt bien troussées ponctuant régulièrement le métrage.

« Beaucoup plus grand que le Bigfoot… et plus méchant ! »

Le choix de placer Abominable à contre-courant des effets de style de son époque se répercute sur tous les aspects du film, notamment un casting qui emprunte ses seconds rôles au cinéma de genre des années 80 comme Dee Wallace Stone (Cujo et Hurlements), Jeffrey Combs (Re-Animator) ou Lance Henriksen (Aliens) et un refus opiniâtre d’utiliser des effets visuels numériques. Le monstre est donc réalisé en direct, à l’aide d’un acteur engoncé dans un costume pas très convaincant conçu par Christien Tinsley. Le faciès de la bête, notamment, figé et exagérément grimaçant, n’a pas du tout la mobilité et l’expressivité requises. Malgré cet important handicap, les scènes de tension fonctionnent grâce à une mise en scène au cordeau, que Schifrin Junior agrémente d’une poignée d’effets choc (un homme se fait littéralement dévorer la tête) et un peu de nudité décomplexée (la séquence de douche). Le climax – un peu mou – s’achève toutefois sur un plan ultime plutôt gratifiant qui accentue l’indéniable charme de ce film de monstre anachronique.
 
© Gilles Penso

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