BIRDS OF PREY ET LA FANTABULEUSE HISTOIRE DE HARLEY QUINN​ (2020)

L’anti-héroïne acidulée de Suicide Squad s’émancipe et bénéficie de son propre long-métrage

BIRDS OF PREY (AND THE FANTABULOUS EMANCIPATION OF ONE HARLEY QUINN)

 

2020 – USA

 

Réalisé par Cathy Yan

 

Avec Margot Robbie, Mary Elizabeth Winstead, Jumee Smollett-Bell, Rosie Perez, Chris Messina

 

THEMA SUPER-HEROS I SAGA DC COMICS

Tout commence par un chagrin d’amour, et pour combler le manque, une envie de cheeseburger au petit-déjeuner qui doit être payé en partie à crédit. Non seulement Harley Quinn est seule, pauvre, et noie son chagrin dans l’alcool, mais celle qui fut le docteur Harleen Quinzel n’est toujours pas à l’abri de ses propres troubles de la personnalité. Cependant, même si toute la ville profite qu’elle n’ait plus la protection du Joker pour chercher à se venger, elle ne se laisse pas abattre et retrouve le sourire grâce à une hyène qu’elle sauve de l’enfermement, l’animal sauvage se révélant bien plus humain que les hommes de Gotham ! Jolie métaphore et bon exemple de l’humour second degré qui anime cet agréable film d’action/comédie post #metoo. Si ce n’est pas la première fois qu’une héroïne badass sur le papier est portée à l’écran par une réalisatrice (cf. Tank Girl de Rachel Talalay en 1995), c’est en revanche la première fois que les filles prennent totalement le pouvoir sur une licence de cette envergure, de la production (Margot Robbie), à l’écriture (Christina Hodson) en passant par la réalisation (Cathy Yan).

Sans surprise, Margot Robbie crève l’écran dans chaque plan du film, avec ses tenues acidulées mi-punk (entre Debbie Harry et Nina Hagen), mi-cheerleader (avec ses pom poms détournés et sa batte de baseball en main). Autour d’elle sont réunies d’autres héroïnes issues de l’univers des DC Comics : Huntress (Mary Elisabeth Winstead, vue entre autres dans Boulevard de la Mort de Tarantino), et  Black Canary (Jurnee Smollett-Bell, vedette du petit écran), membres du groupe vedette du comic book « Birds of Prey » ; Renee Montoya, détective en mal de promotion à cause d’une dépendance à l’alcool, vue notamment dans la série animée Batman, interprétée par Rosie Perez, qui avait entre autres marqué les années 80-90 dans Do The Right Thing de Spike Lee ou dans Perdita Durango d’Alex de la Iglesia ; Cassandra Cain (interprétée par Ella Jay Basco), fille de David Cain et Lady Shiva, ennemis de Batman, qui en fait finalement sa protégée, tout comme Harley Quinn.

Une équipe de choc

Le film nous en met plein les yeux question couleurs, action, beauté des protagonistes féminines, décors, successions de combats façon jeu de plateforme. Pourtant, en grattant un peu le vernis de cette fantabuleuse émancipation d’Harley Quinn, se révèle en filigrane une palette de sentiments profonds et une peinture de notre monde, égoïste et violent, qui a mal digéré sa culture pop. Chacun y est capable d’aimer l’autre provisoirement, comme de le trahir par intérêt. Dans les méandres de l’action, ces cinq personnages de femmes, sortes de Spice Girls augmentées et rebelles, vont s’émanciper chacun à sa manière, de la souffrance, du deuil, de la hiérarchie, de la mauvaise éducation, de la dépendance affective ou financière, avec le cri libérateur et ravageur de Black Bird (#girlpower, #blacklivesmatter) qui inscrit le film dans son époque. Harley Quinn sauve in extremis sa réputation de bad girl en évitant une fin trop moralisatrice, ce qui nous permet d’attendre une suite à cette franchise, de préférence avec la même équipe et surtout la même réalisatrice !

 

© Quélou Parente

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