CRAWL (2019)

Alexandre Aja joue avec nos peurs primaires en enfermant ses héros dans un sous-sol inondé où rodent d’énormes alligators affamés

CRAWL

 

2019 – USA

 

Réalisé par Alexandre Aja

 

Avec Kaya Scodelario, Tina Pribicevic, Barry Pepper, Ross Anderson, Anson Boon, George Somner, Ami Metcalf, Jose Palma, Morfydd Clark, Annamaria Serda

 

THEMA REPTILES ET VOLATILES I CATASTROPHES

Le mélange du film catastrophe et du film de monstres marins a déjà fait ses preuves avec la saga Sharknado, versant volontiers dans la parodie, le second degré référentiel et le post-modernisme auto-satisfait. Alexandre Aja allait-il emprunter cette voie légère et distanciée ? Allait-il traiter Crawl dans le même esprit que sa relecture potache du Piranhas de Joe Dante ? Fort heureusement, il n’en est rien. Aux excès en tout genre de son Piranha 3D (du sexe, du gore, de l’humour en-dessous de la ceinture), le réalisateur français préfère une certaine sobriété et une approche au premier degré, comme s’il s’agissait d’un retour à l’épure de ses premières œuvres, à l’époque où il avait encore tout à prouver, aux temps de Haute tension et de La Colline a des yeux. Force nous est de préférer ce parti pris plus sincère et finalement beaucoup plus efficace. Ramené à sa plus simple expression, le huis-clos décliné dans ce « film-concept » sollicite les peurs les plus primaires des spectateurs : l’enfermement, la noyade et la dévoration. Et pour que l’implication soit plus grande et dépasse le cadre d’une sympathique attraction de fête foraine, Aja appuie sa narration sur une relation père-fille conflictuelle.

Révélée par la série Skin puis par la trilogie Le Labyrinthe, Kaya Scodelario joue le rôle de Haley, une nageuse professionnelle qui a toujours souffert de la rivalité avec sa sœur. Sa mère a refait sa vie et son père Dave (Barry Pepper, sniper dans Il faut sauver le soldat Ryan), qui fut jadis son coach, s’est peu à peu éloigné d’elle. Mais lorsqu’elle apprend qu’un gigantesque ouragan s’apprête à s’abattre chez lui en Floride et que ce dernier ne donne aucune nouvelle, elle brave les barrages policier et se jette dans la tourmente pour s’assurer qu’il va bien. Elle le retrouve, inconscient et blessé dans le sous-sol de leur maison familiale qui menace de céder sous les assauts répétés des éléments déchaînés. L’eau ne cesse de monter, le piège se referme, et lorsque les choses ne semblent pouvoir empirer, Haley découvre avec horreur que deux énormes alligators ont élu domicile dans le sous-sol et attendent la première occasion de ne faire qu’une bouchée du père et de sa fille.

I will survive

Filmé à Belgrade entre août et septembre 2018 dans des conditions souvent épuisantes, particulièrement pour l’actrice principale qui passa la majeure partie du tournage pieds nus et immergée dans un décor réel pendant des journées de 16 à 18 heures de travail ininterrompues, Crawl traduit ces efforts physiques à l’écran. Le moteur narratif du film étant la résilience et la volonté farouche de ne jamais baisser les bras, même lorsque tout espoir semble définitivement anéanti, il était nécessaire que cette opiniâtreté et cette résistance physique soient palpables aux yeux des spectateurs. Le film tire une grande force de cette quête de réalisme. Comme en outre Alexandre Aja n’a rien perdu de son savoir-faire, que ses acteurs semblent pleinement impliqués, que les effets spéciaux physiques sont 100% crédibles et que les alligators numériques conçus par l’équipe de Rodéo FX s’avèrent très impressionnants, Crawl agrippe son public avec autant de puissance que la mâchoire d’un saurien affamé et ne le relâche qu’au moment d’un générique de fin libérateur. En 2019, Quentin Tarantino déclara avec enthousiasme que ce « train fantôme » aquatique, produit par Sam Raimi, était son film préféré de l’année.

 

© Gilles Penso

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