BODY BAGS (1993)

John Carpenter et Tobe Hooper unissent leurs forces pour un téléfilm à sketches constellé de guest stars

BODY BAGS

 

1993 – USA

 

Réalisé par John Carpenter et Tobe Hooper

 

Avec John carpenter, Tom Arnold, Tobe Hooper, Robert Carradine, Stacy Keach, David Warner, Mark Hamill

 

THEMA TUEURS I MÉDECINE EN FOLIE I EXTRA-TERRESTRES

En réalisant Body Bags pour la télévision câblée, John Carpenter et Tobe Hooper marchent allégrement sur les plates-bandes de la série Les Contes de la crypte, qui se taille la part du lion sur les petits écrans depuis la fin des années 80. Fil conducteur de ce film à sketches, Carpenter joue les hôtes sarcastiques à mi-chemin entre Alfred Hitchcock et le Gardien de la Crypte, et réalise lui-même les deux premières histoires. La première, « The Gas Station », n’est pas d’une folle originalité, autant l’avouer. Mais le huis-clos et l’unité de temps qu’elle implique, domaines dans lesquels Carpenter n’a pas son maître, offrent d’intéressants effets de mise en scène, qui évoquent tour à tour Assaut et La Nuit des masques, sur un ton cependant plus léger. Une jeune étudiante y commence un petit boulot de caissière de nuit dans une station-service isolée. Là, elle rencontre des personnages étranges et vit sous l’angoisse des méfaits d’un psychopathe dont la radio détaille les sanglants exploits.

Le second sketch, « Hair », est de loin le plus réussi. Un homme d’une cinquantaine d’années, obsédé par la perte de ses cheveux, y essaie sans succès toutes les formules capillaires possibles. Stacy Keach offre là une prestation extraordinaire, et l’humour baigne le récit en permanence. Il faut voir cet homme, angoissé par la perte de ses cheveux, qui admire d’un œil envieux les passants dont la magnifique chevelure flotte au vent, comme dans une pub pour shampoings, mais aussi leurs chiens, au beau pelage soyeux, et même une réclame pour de l’engrais ! Après avoir eu la mauvaise idée de se laisser faire un implant par l’étrange médecin de l’institut Roswell (David Warner), notre infortuné héros découvre que ses nouveaux cheveux sont vivants. Les effets visuels qui donnent vie aux cheveux-serpents au cours du dénouement, tour à tour trucages numériques et animation image par image, sont d’une virtuosité exemplaire, génératrice d’une forte répulsion. « Nous avons effectivement réalisé quelques plans larges en image de synthèse », explique Jim Danforth, superviseur des effets visuels. « Nous avons eu beaucoup de difficultés pour numériser les images puis les restituer sur pellicule. Kodak était à peine en train d’expérimenter son système Cineon, et nous perdions des images en cours de plan. L’expérience était malgré tout intéressante parce que je savais que c’étaient les débuts d’une nouvelle technologie, et j’avais envie de la tester. » (1) Car Body Bags est diffusé aux États-Unis début août 1993, dans le direct sillage de la révolution numérique provoquée par Jurassic Park.

Les trois visages de la peur

Aux côtés de John Carpenter, Tobe Hooper incarne lui aussi un employé de la morgue dans les fils conducteurs de Body Bags et réalise le troisième sketch, moins surprenant que « Hair » mais réservant son petit lot de frissons. Un joueur de base-ball interprété par Mark Hamill perd son œil droit dans un accident. Après une opération réussie, il retrouve une vue parfaite grâce à la greffe d’un œil. Mais il est bientôt en proie à des visions cauchemardesques. Hooper parvient à transcender une intrigue des plus classiques et des plus linéaires par une mise en scène diablement efficace, sans réfréner son goût prononcé pour le gore. En guest-stars de luxe, Wes Craven et Sam Raimi font de petites apparitions sous forme de clins d’œil au film du film. Prévu à l’origine pour être le pilote d’une nouvelle série télévisée sur la chaîne Showtime, Body Bags n’eut pas le succès escompté et resta donc sans suite.


(1) Propos recueillis par votre serviteur en avril 1998.

 

© Gilles Penso



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