GEMINI MAN (2019)

Will Smith s’affronte lui-même dans ce thriller de science-fiction mené à 100 kilomètres/heure par un Ang Lee survolté

GEMINI MAN

 

2019 – USA

 

Réalisé par Ang Lee

 

Avec Will Smith, Clive Owen, Mary Elizabeth Winstead, Benedict Wong, Linda Emond, Ralph Brown, E.J. Bonilla, Ilia Volok, Douglas Hodge

 

THEMA DOUBLES

Insaisissable, rétif à toutes les étiquettes qu’on voudrait essayer de lui coller, Ang Lee se distingue par la versatilité des genres qu’il aborde. Qui d’autre est capable d’enchaîner avec autant d’aisance une comédie sociale taiwanaise, une romance du 19ème siècle d’après Jane Austin, un grandiose film d’arts martiaux, une adaptation des aventures de Hulk, une histoire d’amour entre deux cow-boys ou l’odyssée épique d’un jeune Indien et d’un tigre au milieu des océans ? Autre composante récurrente de sa filmographie éclectique : un goût manifeste pour les défis techniques. C’est lui qui parvint à soustraire Chow Yun Fat et Michelle Yeoh aux lois de la pesanteur dans Tigre et Dragon, qui transforma Eric Bana en géant vert dans Hulk ou qui fit concevoir d’immenses décors virtuels et un animal star 100% numérique pour L’Odyssée de Pi. On s’étonne moins, du coup, de retrouver Ang Lee à la tête de Gemini Man, qui ne ressemble à aucune de ses réalisations précédentes et qui repousse les possibilités du rajeunissement digital des comédiens. Il ne fut pourtant pas le premier cinéaste pressenti. Lorsque le scénario initial de Darren Lemke atterrit sur le bureau de Jerry Bruckheimer à la fin des années 90, c’est plutôt Tony Scott qu’on imaginait derrière la caméra. Mais la technologie du maquillage numérique n’était pas encore assez au point. Vingt ans plus tard, le projet redémarre (Bruckheimer s’associant avec Skydance et Paramount), confié cette fois-ci aux bons soins du réalisateur de Brokeback Mountain.

Will Smith incarne Henry Brogan, un tireur d’élite tellement doué qu’il est capable d’abattre d’un coup de fusil une cible à bord d’un TGV lancé à 300 kilomètres heure, ce que nous prouve une séquence d’ouverture redoutablement efficace. Mais notre tueur professionnel a décidé de prendre sa retraite et d’aller couler des jours tranquilles au fin fond de la Georgie. Peine perdue : un commando lancé à ses trousses tente de lui faire passer l’arme à gauche. Pourquoi ? Une jeune recrue de la Defense Intelligence Agency et un de ses vieux camarades de guerre vont l’aider à comprendre… Jusqu’à ce qu’il soit confronté à un tireur d’élite extrêmement doué qui s’avère être son double parfait, plus jeune de trente ans ! De toute évidence, Gemini Man est avant tout un terrain de jeu pour Ang Lee, qui s’amuse à poursuivre ses expérimentations sur la 3D au format 4K et le tournage à 120 images par seconde (ses essais précédents en la matière datant du film de guerre Un jour dans la vie de Billy Lynn). Le scénario lui donne l’occasion de mettre au point des séquences d’action inédites et survitaminées, notamment une poursuite à moto dans les rues de Carthagène, un combat à mains nues dans des catacombes souterraines et un gunfight final peu avare en explosions. Le dynamisme de telles échauffourées est indiscutable, même si le revers de la médaille est un certain irréalisme dans les actions les plus rapides, qui semblent directement issues d’une animatique de jeu vidéo.

Double impact

La performance technologique qui permet à Will Smith de partager l’affiche avec son frère jumeau rajeuni de trois décennies reste le moteur de Gemini Man, sa raison d’être. Techniquement, il n’y a rien à dire, le résultat est bluffant, même si les plus méticuleux trouveront quelques imperfections dans les mimiques et les regards qui traduisent la nature digitale de ce clonage. Mais il est dommage que le script écrit à six mains par Darren Lemke, Billy Ray et David Benioff ne cherche jamais à discourir sur les dérives de l’eugénisme, ni même à construire des péripéties un tant soit peu cohérentes. L’action mouvementée et le suspense soutenu parviendraient presque à nous faire oublier le manque de crédibilité de certains événements et de la plupart des comportements, notamment cet échange improbable avec le malfrat russe ou ces monologues peu inspirés de Clive Owen. Les ambitions du film n’étant ouvertement pas philosophiques et son statut purement récréatif étant assumé d’un bout à l’autre, Gemini Man se savoure distraitement mais avec entrain, comme une distraction légère et rafraîchissante.

 

© Gilles Penso

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