LE CHAT À NEUF QUEUES (1971)

Les pièces énigmatiques d’un puzzle sanglant s’assemblent dans le second long-métrage de Dario Argento

IL GATTO A NOVE CODE

 

1971 – ITALIE / FRANCE / ALLEMAGNE

 

Réalisé par Dario Argento

 

Avec Karl Malden, James Franciscus, Catherine Spaak, Tino Carraro, Cinzia de Carolis

 

THEMA TUEURS

Le thème du témoignage fragmenté et faussé, qui était au cœur de l’intrigue de L’Oiseau au plumage de cristal, sert à nouveau de point de départ à Dario Argento pour son second long-métrage. Dès son entame, Le Chat à neuf queues met en scène les déambulations nocturnes du vénérable aveugle Franco Arno (Karl Malden) et de sa nièce Lori (Cinzia de Carolis). En passant devant une voiture à l’arrêt, Arno entend une dispute entre deux hommes qui parlent de chantage. Lori parvient à lui décrire le visage d’un des deux antagonistes. Armé de ces maigres indices, le vieil homme essaie de recoller les morceaux. Or quelques jours plus tard, l’homme que Lori lui a décrit meurt en chutant sur une voie ferrée, décapité par un train. Argento compose avec les moyens modestes à sa disposition pour montrer l’accident, jouant sur un découpage habile et des angles de vue inattendus. Mais s’agit-il vraiment d’un accident ? En agrandissant une photo prise par un paparazzi, un détail tend à prouver le contraire. Ce principe de l’indice caché évoque bien sûr Blow Up d’Antonioni, auquel Argento se réfèrera de manière explicite dans Les Frissons de l’angoisse.

À partir de là, les meurtres violents s’enchaînent, et Arno, qui fut autrefois journaliste, décide de mener l’enquête avec le reporter Carlo Giordani (James Franciscus). Le titre animalier ne se réfère à aucun chat particulier (même si l’on sait Argento grand amateur des écrits d’Edgar Poe) ni même au fouet à lanières multiples qu’on nommait autrefois « chat à neuf queues », mais au nombre de pistes à suivre pour résoudre l’énigme. « Il faut que nous réussissions à isoler une des queues des huit autres pour pouvoir venir à bout de ce mystère » dit à ce propos Arno. Conformément à la tradition du « whodunit », les soupçons des spectateurs se portent tour à tour sur plusieurs personnages, tandis que l’intrigue se resserre autour des recherches d’un laboratoire spécialisé dans la génétique.

Le point de vue du tueur

Le personnage d’Anna Terzi (Catherine Spaak), fille d’un des savants, est l’atout de charme du film, toujours ceinte dans des tenues sophistiquées mettant en valeur ses formes généreuses, tandis qu’Argento semble vouloir rendre hommage à Alfred Hitchcock avec des scènes de suspense articulées autour du rasoir d’un barbier ou plus tard d’un verre de lait empoisonné. Toujours friand de prises de vues surprenantes et d’effets de montage inattendus, le jeune cinéaste italien utilise une caméra subjective accidentée pour adopter le point de vue du tueur, des contre-plongées verticales déstabilisantes, l’insertion brève et récurrente en très gros plan de l’œil de l’assassin ou encore des flash-forwards et des flash-backs très brefs à base de plans courts presque sublimlinaux. Il continue ainsi d’affirmer son style unique, dont le point culminant est une chute finale vertigineuse. Pour faire écho aux expérimentations d’Argento, Ennio Morricone poursuit lui-même les audaces inaugurées avec L’Oiseau au plumage de cristal, favorisant une musique en grande partie improvisée et des morceaux atonaux, à l’exception d’un thème principal quelque peu langoureux.

 

© Gilles Penso



Partagez cet article