LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1998)

Dario Argento revisite à sa manière le célèbre roman de Gaston Leroux en donnant une fois de plus la vedette à sa fille Asia

IL FANTASMA DELL’OPERA

 

1998 – ITALIE

 

Réalisé par Dario Argento

 

Avec Julian Sands, Asia Argento, Andrea di Stefano, Coralina Castaldi Tassoni, Nadia Rinaldi, Istvan Bubik, Lucia Guzzardi, Aldo Massasso, Zoltan barabas

 

THEMA SUPER-VILAINS I SAGA DARIO ARGENTO

Dario Argento et l’opéra semblent faire bon ménage depuis bon nombre d’années, comme en témoignent les séquences les plus baroques de Suspiria, Inferno, Phenomena ou bien sûr Terreur à l’opéra. Que le réalisateur italien se penche à son tour sur le mythe créé par Gaston Leroux n’était donc pas surprenant outre mesure, et l’on s’attendait à une relecture flamboyante d’un sujet maintes fois adapté à l’écran. Or le parti pris narratif de Dario Argento et de son co-scénariste Gérard Brach semble à priori prôner le réalisme. « Je voulais m’appuyer sur la culture du mélodrame français, alors je me suis installé à Paris, je suis allé voir plusieurs opéras, j’ai collectionné de nombreux morceaux classiques liés à la période dans laquelle se situait le récit », raconte Argento. « J’ai ainsi pu effectuer un magnifique voyage culturel qui a nourri l’écriture du scénario du film ». (1)

L’intrigue prend place dans un cadre historique précis, l’Opéra Garnier de Paris en 1877, et quelques personnages bien réels s’y côtoient, notamment le compositeur Charles Gounot, dirigeant l’orchestre de « Romeo et Juliette », et le peintre Édouard Degas, dessinant les élèves de l’école de danse. Les choix artistiques de ce Fantôme de l’opéra sont à l’avenant, Argento troquant ses lumières bleu rouge criardes contre une quasi-monochromie ocre du plus bel effet, et préférant aux outrances du groupe Goblin une partition classique et planante signée Ennio Morricone. Si l’on ajoute au cocktail une reconstitution historique soignée et une Asia Argento resplendissante dans le rôle de Christine, filmée avec un amour manifeste par son esthète de père, le film semble partir sous les meilleurs augures. Hélas, tout dégringole dès que le scénario s’intéresse au fameux fantôme. Ses origines, quasi-jumelles de celles du Pingouin dans Batman le défi, laissent perplexe. Abandonné dans son berceau au beau milieu d’une rivière souterraine, il est recueilli et élevé comme l’un des leurs par une horde de rats !

Tarzan au pays des rongeurs

Ce fantôme serait donc une sorte de Tarzan au pays des rongeurs, laissant ses amis velus ramper sur son corps dénudé avec une lascivité ridicule, et perpétrant certains de ses meurtres à coups de dents, notamment la langue arrachée d’une curieuse ou le corps déchiqueté d’un vieux pédophile. Sans masque, le cheveu gras et le regard vague, Julian Sands n’impressionne guère, et chacune de ses apparitions laisse indifférent. Comme en outre le scénario le dote de pouvoirs paranormaux inexpliqués (télépathie, télékinésie, capacité de créer des vagues de froid) et que sa relation amour-haine avec la chanteuse Christine est construite sans la moindre cohérence, le classique de l’épouvante espéré se mue vite en nanar regrettable. D’autant que le film ne recule devant aucune absurdité, que ce soient les hallucinations kitsch du fantôme, cette machine à exterminer les rats qu’on croirait issue d’un épisode des Fous du volant ou encore ce dénouement improbable. Restent quelques meurtres sanglants, orchestrés par l’as maquilleur Sergio Stivaletti, mais c’est un bien maigre lot de consolation.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2011

 

© Gilles Penso

 

Complétez votre collection



Partagez cet article