MANHUNT (2008)

Héritier de Tobe Hooper et John Boorman, ce survival norvégien compense ses airs de déjà-vu par une brutalité sans concession…

ROVDYR

 

2008 – NORVÈGE

 

Réalisé par Patrik Syversen

 

Avec Henriette Bruusgaard, JØrn-BjØrn Fuller Gee, Lasse Valdal, Nini Bull Robsahm

 

THEMA TUEURS

Manhunt doit énormément à Délivrance et Massacre à la tronçonneuse. Le réalisateur norvégien Patrik Syversen ne s’en cache pas, situant même son intrigue en 1974 et prenant pour protagonistes quatre amis partis en van pour un week-end de détente dans les bois. A vrai dire, la détente n’est pas exactement à l’ordre du jour, et des tensions commencent même à se faire sentir entre Roger, sa fiancée Camilla, la meilleure amie de cette dernière Mia et son frère Jorgen. Faisant halte dans un petit restoroute miteux perdu dans la cambrousse, ils rencontrent quelques autochtones peu avenants – refrain connu – ainsi qu’une jeune femme terrorisée qu’ils acceptent de prendre en stop pour les prochains kilomètres. Mais au beau milieu d’une route de campagne, le petit groupe tombe dans une embuscade et chacun se retrouve inconscient. Le réveil est rude. Car nos infortunés campeurs découvrent qu’ils sont devenus les proies de chasseurs sanguinaires et armés jusqu’aux dents. La course à travers champ se mue donc rapidement en bain de sang.

Nous voilà prévenus : Manhunt sera un survival dans la pure tradition du genre et cultivera fatalement un sentiment de déjà-vu, dans la droite lignée des classiques de Tobe Hooper et John Boorman. Pour autant, le film ne déçoit guère et son impact n’en est aucunement amenuisé, bien au contraire. Conditionné par ce contexte familier, préparé au pire, le spectateur n’est pas au bout de ses surprises. En grand amateur de films d’horreur, de zombies et de mutants, comme en témoignent ses courts métrages précédents, Syversen, à peine âgé de vingt-cinq ans, met le paquet pour son premier long, témoignant d’une maîtrise technique et artistique de premier ordre.

La course à la mort

La figure récurrente de la victime humaine courant à travers bois, prise en chasse par un agresseur brutal et dénué d’émotion, pourrait être galvaudée et perdre tout son sel depuis tant d’années de survivals. Or le cinéaste parvient à lui redonner toute sa saveur primitive, muant son Manhunt en expérience éprouvante d’un point de vue émotif et sensoriel. La violence y est crue, la souffrance et la peur presque palpables, et les meurtres rivalisent de cruauté. Armes blanches, fusils, arcs et flèches, fils de fer barbelés, tous les moyens sont bons pour transformer la petite bande en viande hachée. Le mutisme des agresseurs et la tendance du cinéaste à ne presque jamais montrer leur visage participe pour beaucoup au sentiment d’épouvante qu’ils génèrent. D’autant que leurs motivations ne nous sont jamais révélées. Les prédateurs n’ont finalement d’humain que le visage, jouant surtout le rôle de révélateurs auprès des héros montrant vite leurs véritables personnalités. Le courage, la lâcheté et l’opiniâtreté sont du coup poussés à leur paroxysme. Quant à la bande son, elle s’orne régulièrement du son du cor de chasse, véritable glas aussi peu engageant que les ronronnements furieux de la tronçonneuse de Leatherface. Au motif classique du « redneck » congénitalement violent s’adjoint ainsi celui du gibier humain, Manhunt s’érigeant du même coup en descendant lointain des fameuses Chasses du comte Zaroff. Rien de bien neuf à l’horizon, certes, mais une chasse à l’homme qui demeure palpitante jusqu’à la dernière minute.

 

© Gilles Penso


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