LE PACTE DES LOUPS (2001)

Pour son second long-métrage, Christophe Gans s’intéresse aux méfaits légendaires de la Bête du Gévaudan…

LE PACTE DES LOUPS

 

2001 – FRANCE

 

Réalisé par Christophe Gans

 

Avec Samuel Le Bihan, Vincent Cassel, Emilie Dequenne, Monica Bellucci, Jérémie Rénier, Mark Dacascos, Jean Yanne

 

THEMA MAMMIFÈRES

Avant d’être un cinéaste, Christophe Gans est un cinéphile à la culture filmique impressionnante et à l’acuité analytique imparable. S’il a payé le tribut de ses connaissances encyclopédiques en clignant de l’œil vers ses films préférés à l’occasion de son premier long-métrage, Crying Freeman, on s’attendait à voir émerger sa propre personnalité avec Le Pacte des loups. Or bizarrement – travers déjà perceptible chez un Quentin Tarantino en début de carrière à l’époque de Jackie Brown par exemple -, ce second film croule encore davantage sous les références et les hommages, quand il ne s’agit pas de remakes déguisés ou de duplications pures et simples. Le sujet du Pacte des loups est pourtant prometteur, puisqu’il raconte en l’an 1764 les pérégrinations du chevalier Grégoire de Fonsac (Samuel le Bihan) et de son ami indien Mani (Mark Dacascos), envoyés par le roi de France dans les bois du Gévaudan pour enquêter sur des morts mystérieuses attribuées à une bête maléfique qui déjoue les pièges de tous les chasseurs depuis deux hivers. Plus il avance dans ses investigations, plus Grégoire se persuade qu’il n’a pas affaire à un simple loup mais à un monstre étrange dont la morphologie semble mêler la chair et le métal. Face à l’incapacité de capturer ou d’éliminer cette créature, le roi mande en renfort le chasseur Antoine de Beauterne (Johan Leysen).

Bien vite, le scénario se mue en patchwork disparate qui semble avoir été conçu comme un assemblage de séquences autonomes. D’où de multiples combats de kung-fu parfaitement incongrus en pareil contexte, un monstre canin tout droit hérité du Chien des Baskerville de Terence Fisher ou encore une première scène d’attaque d’une jeune fille, réalisée avec une incomparable maestria mais reprise presque plan par plan au prologue des Dents de la mer. Ce jeu des influences nuit considérablement à la cohésion d’une intrigue qui aurait pu s’avérer passionnante, mais qui ne cesse de rebondir dans tous les sens comme une balle de mousse au lieu de suivre un fil directeur digne de ce nom.

Maelström scénaristique

Lorsque De Fronsac se voit confier par certains membres du gouvernement la fabrication d’une fausse bête empaillée pour rassurer le roi et l’opinion publique, on entrevoit le film formidable qu’aurait pu être Le Pacte des loups, entremêlant la légende et des considérations historico-politiques fascinantes. Mais cette idée de complot est sous-exploitée et se perd dans un maelström qui mêle en vrac une secte malfaisante, un monstre velu et cuirassé, un soupçon d’érotisme et une bonne dose d’arts martiaux… Comme en outre les effets visuels qui donnent vie à la bête (conçus par le Jim Henson’s Creature Shop) sont très peu convaincants et que les comédiens semblent tous jouer en roue libre, l’adhésion du public n’est emportée qu’éphémèrement, le temps d’une poignée de séquences artistiquement et techniquement irréprochables. Car le savoir-faire de Gans et son sens de l’esthétique, déjà largement perceptibles dans son segment du film à sketches Necronomicon, sont indiscutables. Pour le reste, Le Pacte des loups manque singulièrement de cohérence. Difficile par exemple de ne pas éclater de rire lorsque Vincent Cassel déploie son faux bras atrophié pour livrer un combat à mi-chemin entre le film d’action chinois et le jeu vidéo japonais. Quant au dénouement, il n’en finit plus de finir, tant il peine à conclure toutes les intrigues déployées par le scénario. On se console partiellement en se laissant bercer par la bande originale ethnique et envoûtante de Joseph LoDuca.

 

© Gilles Penso


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