MA SORCIÈRE BIEN AIMÉE (1964-1972)

L’une des sitcoms les plus populaires des années 60 s’attache à un couple faussement tranquille chez qui la magie s’invite quotidiennement…

BEWITCHED

 

1964/1972 – USA

 

Créée par Sol Saks

 

Avec Elizabeth Montgomery, Dick York, Dick Sargent, Agnes Moorhead, David White, Erin Murphy, Irene Vernon, Kasey Rogers, Alice Pearce, George Tobias

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Le mois de septembre de l’année 1964 aura été marqué par l’arrivée en masse du fantastique, de la magie et du surnaturel dans les foyers américains, via trois sitcoms réjouissantes dont les premières diffusions furent quasiment simultanées : La Famille Addams, Les Monstres et Ma sorcière bien aimée. Cette dernière fut de loin la plus populaire des trois, occupant le réseau ABC pendant huit années consécutives tout en se déployant sur les petits écrans du monde entier. Sol Saks, qui en est à l’initiative, ne cache pas ses sources d’inspiration : les comédies romantiques fantastiques Ma femme est une sorcière de René Clair (avec Frederic March et Veronika Lace) et L’Adorable voisine de Richard Quine (avec James Stewart et Kim Novak). La délicieuse jeteuse de sorts aux cheveux blonds et le pauvre homme ordinaire tombant sous ses charmes viennent de là. Les postulats de la série et des deux films sont si proches qu’une action en justice pour plagiat aurait pu inquiéter Saks. Mais aucun risque de ce côté-là : Ma sorcière bien aimée est produit par Screen Gems, une division de Columbia Pictures qui possède les droits des longs-métrages de René Clair et Richard Quine. Nous sommes donc « en famille » en quelque sorte.

Bienvenue chez les Stephens, un couple très sympathique qui mène une vie tranquille dans sa maison modèle qu’on croirait presque issue d’un prospectus publicitaire pour l’American Way of Life des années 1960. Samantha est une femme au foyer docile, Darrin (Jean-Pierre dans la version française) l’employé prospère d’une agence de publicité, et tous deux s’aiment tendrement. Seulement voilà : Samantha n’est pas tout à fait une ménagère comme les autres. Descendante d’une lignée de sorcières, elle possède des pouvoirs magiques qu’elle évite d’utiliser chaque fois que possible pour mener une vie normale. Mais Darrin/Jean-Pierre et les « mortels » qui font partie de son entourage (son patron, ses clients, ses voisins, ses parents) sont souvent victimes de sorts dont Samantha s’efforce d’éliminer les effets le plus discrètement possible pour ne pas révéler ses pouvoirs. D’où un nombre incalculable de situations comiques accentuées par la présence d’une belle-mère hostile et envahissante…

Flamme au foyer

Les clichés de la bonne petite famille américaine des sixties volent donc rapidement en éclat malgré les apparences. La femme au foyer est la personnalité forte de la série, celle qui possède le pouvoir de régler la plupart des problèmes, face à un époux souvent dépassé par la situation. Derrière le rire et la magie se dissimule ainsi une bonne dose de satire sociale brocardant les à-priori sexistes, l’hypocrisie et le snobisme (symbolisé par la mère de Samantha n’ayant toujours pas avalé le fait que cette dernière ait épousé un homme socialement inférieur à elle). Sans compter que Ma sorcière bien aimée est la première série américaine à avoir mis en scène un couple séparé (la belle-mère et son époux). Ce détail peut sembler aujourd’hui anecdotique, mais c’était inédit à l’époque. Le charme d’Elizabeth Montgomery (ah, son fameux remuement de nez pour provoquer la magie !), l’énorme capital sympathie de Dick York (remplacé à mi-parcours de la série par Dick Sargent à cause d’un état de santé défaillant), la légèreté rafraîchissante des scénarios, la musique pétillante de Jack Keller, le célèbre générique en dessin animé conçu par Hanna & Barbera, tous ces ingrédients ont contribué au succès de Ma sorcière bien aimée bien au-delà des frontières américaines. En 2005, Nora Ephron en tirera un film post-moderne très décevant, malgré son casting judicieux.

 

© Gilles Penso


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