MA FEMME EST UNE SORCIÈRE (1942)

Une séduisante jeteuse de sorts originaire de Salem décide de mener la vie dure au descendant du juge qui la condamna jadis au bûcher…

I MARRIED A WITCH

 

1942 – USA

 

Réalisé par René Clair

 

Avec Frederic March, Veronica Lake, Robert Benchley, Susan Hayward, Cecil Kellaway, Elizabeth Patterson

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Tout est parti du roman « The Passionate Witch » entamé par Thorne Smith et terminé par Norman H. Watson à cause du décès prématuré du premier écrivain. Cette petite pépite d’humour et de fantaisie séduit très tôt le cinéaste René Clair qui, après La Belle ensorceleuse, cherche une nouvelle comédie à mettre à son actif. La lecture du livre de Smith et Watson, que lui conseille son agent, le convainc d’en tirer une adaptation. Preston Sturges s’en voit proposer la production, pour le compte de Paramount Pictures. Reste à trouver un scénariste susceptible de transposer le texte à l’écran. À partir de là, la production va s’avérer quelque peu chaotique. Initialement embauché, Dalton Trumbo jette l’éponge à cause de mésententes artistiques avec Preston Sturges, qui lui-même quitte le navire en cours de route faute de pouvoir se mettre d’accord avec René Clair ! Ce sont finalement les auteurs Robert Pirosh et Marc Connelly qui sont seuls crédités pour le script final, Clair ayant lui-même beaucoup contribué à l’écriture des dialogues. Dès le prologue de son film, le réalisateur nous donne le ton : après l’exécution d’une sorcière dans un bois nocturne du XVIIème siècle en plein Salem, un juge d’aspect sévère et revêche annonce un second bûcher, mais propose d’abord un entracte, pendant lequel un vendeur à la criée propose des cacahuètes à l’assistance !

La suite est un rapide aperçu de trois siècles de déboires amoureux des descendants du juge, à cause de la malédiction que lui a lancée la sorcière, condamnant tous les hommes de sa lignée à épouser des femmes cruelles et des mégères. Le récit se met alors en place au début des années 40. Après le désistement de Joel McCrea (héros des Chasses du comte Zaroff), c’est Frederic March, mémorable savant tourmenté de Docteur Jekyll et Mister Hyde, qui incarne le dernier descendant actuel frappé par la malédiction. Il s’agit de Wallace Wooley, un politicien sur le point d’être élu gouverneur. La sorcière, qui fend les airs avec son père sous la forme d’une fumée blanche et chevauche même, sous cet aspect vaporeux, un manche à balais, prend les traits adorables de Veronika Lake. Ramenée à la vie après que la foudre ait frappé l’arbre où reposaient ses cendres, elle provoque une série de catastrophes le jour du mariage de Wooley qui tombe aussitôt amoureux d’elle et finit par l’épouser…

« Oh chéri je t’aime ! »

Gorgée de dialogues incisifs et savoureux, Ma femme est une sorcière agite bien souvent les zygomatiques des spectateurs, comme lorsque la cérémonie du mariage du futur gouverneur est inlassablement perturbée puis recommencée, irritant jusqu’au point de rupture une fiancée qui éprouve de plus en plus de difficultés à sourire à l’assistance. Cerise sur le gâteau : la chanteuse d’opérette engagée à l’occasion qui s’égosille sur un « Oh chéri je t’aime ! » de moins en moins adapté aux circonstances. Des moments drôles de cet acabit,  Ma femme est une sorcière en compte beaucoup, se positionnant comme l’un des mètres étalons du double genre comique et fantastique. L’as des effets visuels Gordon Jennings agrémente le film de quelques jolis trucages, comme les fumées volantes qui se réfugient dans des bouteilles, l’incendie du building des pèlerins ou encore l’envol de la voiture au-dessus de la ville nocturne. Le film de René Clair sera la source d’inspiration principale – et parfaitement assumée – de la série Ma sorcière bien aimée.

 

© Gilles Penso


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