WONKA (2023)

Timothée Chalamet incarne le plus célèbre des chocolatiers dans cette aventure qui précède celle de Charlie…

WONKA

 

2023 – USA

 

Réalisé par Paul King

 

Avec Timothée Chalamet, Calah Lane, Keegan-Michael Key, Paterson Joseph, Matt Lucas, Mathew Baynton, Sally Hawkins, Rowan Atkinson, Jim Carter, Hugh Grant

 

THEMA CONTES

Honnêtement, qui avait spécialement envie de savoir ce qui s’était passé avant Charlie et la Chocolaterie ? À part une triviale démarche commerciale cherchant à capitaliser à tout prix sur une franchise bien établie auprès du grand public, quelle pouvait être la plus-value d’une telle prequel ? La question se posait d’autant plus que Tim Burton, dans sa propre adaptation du célèbre roman de Roald Dahl, nous racontait déjà par l’entremise de plusieurs flash-backs le passé tourmenté de Willy Wonka (ses relations conflictuelles avec son père, ses expéditions exotiques en quête du meilleur chocolat possible, la création de son usine). Or malgré ce que pouvait laisser imaginer une campagne marketing capitalisant habilement sur le film de Burton, le long-métrage de Paul King (Paddington 1 et 2) se réfère beaucoup moins à cette version qu’à celle qui la précéda, réalisée en 1971 par Mel Stuart. À tel point d’ailleurs que plusieurs designs s’en inspirent et que quelques chansons en sont directement reprises. Car Wonka est une comédie musicale, ponctuant régulièrement sa narration de numéros musicaux qui alternent les réinterprétations de ceux de 1971 avec de tous nouveaux morceaux écrits par Neil Hannon sur une musique de Joby Talbot.

C’est donc en musique que commence le film, lorsque Wonka, aspirant magicien, inventeur et chocolatier, entonne tout guilleret une chansonnette, accroché au mat d’un navire, tandis qu’il débarque en Europe dans l’espoir d’ouvrir sa propre chocolaterie. Son rêve ? S’installer dans les prestigieuses Galeries Gourmet. Mais la concurrence est rude. Rapidement sans le sou après avoir épuisé ses maigres économies, Wonka s’installe dans la pension tenue par la sinistre Madame Scrubitt et son homme de main Bleacher. Là, il rencontre une galerie de pauvres hères qui, comme lui, sont incapables de payer les frais exorbitants demandés par les aubergistes et se retrouvent contraints de travailler du soir au matin dans le sous-sol reconverti en blanchisserie. Mais le brave Willy refuse d’abandonner ses rêves et fomente un plan pour s’évader…

Un chocolat fade

Conformément aux intentions initiales du réalisateur, le Wonka que joue Timothée Chalamet est un doux-dingue naïf et candide plus proche de celui campé par Gene Wilder que de celui – un tantinet inquiétant – qu’incarnait Johnny Depp. Cette naïveté truculente s’inspire largement de Charlie Chaplin mais aussi d’une certaine frange du cinéma de Frank Capra. « La plus grande référence que j’ai donnée à Timothée Chalamet était Monsieur Smith au Sénat », confirme Paul King. « Ces films sont très chers à mon cœur. Le petit gars dans le grand monde effrayant que Capra a si brillamment mis en scène correspondait vraiment à la sensation que je recherchais dans ce film » (1). On pense aussi à l’univers de Charles Dickens et même aux « Misérables » à travers ces vils aubergistes dignes des Thénardier. Plusieurs idées joyeusement absurdes ponctuent le film, comme le cercle secret des puissants chocolatiers qui se réunit dans un repaire souterrain sous une église pour comploter contre la concurrence, quelques flash-backs très graphiques ou encore les nombreux gadgets que Wonka semble sortir de nulle part : un chapeau aux mille ressources façon Mary Poppins, un bocal plein d’œufs en chocolat volants, une usine miniature pliable. Quelques guest stars viennent participer à la fête, comme Rowan Atkinson en curé corrompu, Hugh Grant en Oompa Loompa et surtout Keegan-Michael Key en policier accro au chocolat. Toute cette générosité se met hélas au service d’un scénario puéril ne facilitant guère l’implication des spectateurs, fait aggravé par des numéros musicaux quelconques et sans éclat. Wonka s’oublie donc aussitôt après son visionnage et n’arrive à la cheville ni du Charlie et la chocolaterie de 1971, ni de celui de 2005.

 

(1) Extrait d’une interview publiée sur le site du British Film Institute en décembre 2023

 

© Gilles Penso


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