

Un journaliste criminel qui a sombré dans la démence mégalomane ensanglante la ville avec une série d’assassinats sophistiqués…
HORRORS OF THE BLACK MUSEUM
1959 – GB
Réalisé par Arthur Crabtree
Avec Michael Gough, June Cunningham, Graham Curnow, Shirley Anne Field, Geoffrey Keen, Gerald Andersen, John Warwick, Beatrice Varley, Austin Trevor
THEMA TUEURS
Concocté par le réalisateur Arthur Crabtree et le producteur Herman Cohen, Crimes au musée des horreurs marque un tournant dans l’histoire du cinéma d’épouvante britannique. Si le film s’inscrit dans le sillage du succès des productions Hammer, il pousse plus loin la représentation du sadisme et de la perversion, au point d’effrayer la censure de l’époque. Londres y est le théâtre d’une série de meurtres atroces. Tandis que la police piétine, le célèbre journaliste Edmond Bancroft (Michael Gough), auteur de chroniques criminelles, ne se prive pas de fustiger son incompétence. Derrière ses airs de critique acerbe se cache pourtant le vrai monstre. Car c’est Bancroft lui-même qui orchestre ces crimes, utilisant une drogue pour contrôler son jeune assistant Rick (Graham Curnow), transformé en tueur hypnotisé. Les meurtres eux-mêmes frappent par leur inventivité : des jumelles piégées dont jaillissent des pointes métalliques qui transpercent les yeux d’une malheureuse, une guillotine artisanale qui décapite une victime endormie, un bain d’acide qui réduit un corps à l’état de squelette… Ce défilé macabre évoque autant le futur Docteur Phibes que les excès à venir du gore américain. Herman Cohen, qui s’était déjà fait un nom avec I Was a Teenage Werewolf et I Was a Teenage Frankenstein, pousse le bouchon horrifique encore plus loin.


Si le film reste si marquant, c’est avant tout grâce à l’interprétation démente de Michael Gough. Préféré à Vincent Price et Orson Welles pour des raisons budgétaires, l’acteur s’impose comme une incarnation inoubliable de la folie narcissique. Son Edmond Bancroft, dandy intellectuel et misanthrope, dissimule sous sa respectabilité un appétit pour le meurtre et la domination. Gough, dans une veine shakespearienne, déclame des tirades savoureusement emphatiques : « La société prétend réprimer le mal, mais pas moi… J’ai prouvé que le Docteur Jekyll et Mister Hyde existent. » Cette outrance théâtrale, loin de nuire au film, en devient la signature. Crabtree filme son acteur comme une bête de scène, accentuant son regard fiévreux, ses gestes amples et son sourire carnassier. On sent poindre, derrière le crime, la jubilation du spectacle. Pour le titre original du film, Herman Cohen s’inspire directement du véritable « Black Museum » de Scotland Yard, où étaient exposées des armes et objets criminels réels. Les fameuses jumelles truquées du film proviennent d’ailleurs d’un authentique fait divers.
La fascination pour le morbide
Le décor du musée de Bancroft, empli de mannequins, de têtes coupées et de gadgets meurtriers, semble presque fonctionner comme une métaphore du cinéma lui-même, puisqu’il s’agit d’un espace où le morbide devient spectacle. À travers cette collection de crimes mis en scène, le film nous donne l’impression d’interroger le public sur sa fascination pour la violence. Bien sûr, le scénario souffre d’invraisemblances (le maquillage blafard du tueur hypnotisé n’est jamais expliqué), mais ce manque de cohérence contribue à son aura surréaliste. Tout ici est excessif, théâtral, parfois absurde. Crabtree, ancien chef opérateur devenu cinéaste, filme l’horreur comme un spectacle de foire. La mise en scène s’appuie sur un Technicolor vif qui accentue la dimension artificielle et carnavalesque des meurtres. Grâce à ses choix plastiques et à ses excès, le film conserve aujourd’hui encore un charme singulier, à mi-chemin entre le Grand-Guignol parisien et les futurs délires sanglants d’Herschell Gordon Lewis. Crabtree boucle son intrigue en à peine soixante-quinze minutes, sans temps mort. On regrette finalement que notre homme ne se soit frotté qu’une seule autre fois au genre, avec Les Monstres invisibles l’année précédente, parce qu’il témoigne ici d’une indiscutable affinité avec l’horreur et l’épouvante.
© Gilles Penso
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