

Dans cette adaptation libre d’un récit de H.P. Lovecraft, une romancière est assaillie par des cauchemars de plus en plus perturbants…
THE DARK SLEEP
2012 – USA
Réalisé par Brett Piper
Avec Ashley Galloway, Taylor Nicole Adams, Steve Diasparra, Ken Van Sant, Bob Dennis et Mark Polonia, Yolie Canales, M. Streeter Smith, Ratchel Rae
THEMA RÊVES
Avec The Dark Sleep, Brett Piper change un peu de registre et laisse de côté les effets spectaculaires et l’humour volontiers potache de ses films précédents (A Nymphoid Barbarian in Dinosaur Hell, Drainiac, Psychlops, Bite Me, Shock-O-Rama) au profit d’une atmosphère plus pesante et d’une approche au premier degré. Pour cet « écart de route », il s’inspire librement d’un texte de H.P. Lovecraft, La Maison de la sorcière, pour raconter l’installation de la romancière Nancy Peterson (Ashley Galloway), tout juste divorcée, dans une grande maison au milieu de la forêt. L’endroit est chaleureux, malgré l’étrange peinture ésotérique qui est affichée dans la cave et que son ex-époux, propriétaire des lieux, lui a demandé de ne jamais décrocher. Le premier soir, Nancy croit voir un énorme rat dans sa chambre à coucher. L’apparition de la créature montre la volonté de Brett Piper de détourner la stop-motion de l’usage référentiel et distrayant qu’il en fait habituellement (dans la lignée des travaux de ses maîtres à penser Willis O’Brien et Ray Harryhausen) pour susciter des frissons nouveaux chez les spectateurs. De fait, cet étrange être démoniaque qui fixe la jeune femme au bout de son lit puis disparaît derrière une cloison parvient sans mal à nous mettre mal à l’aise. Lorsqu’ils sont dépêchés sur place, les dératiseurs ne trouvent rien. S’agirait-il d’une hallucination ?


En la voyant si perturbée, la sœur de Nancy, Kelly (Taylor Nicole Adams), la présente au scientifique Walter Gilman (Ken Van Sant), qui lui parle de rituels occultes permettant d’ouvrir des passages vers d’autres dimensions gouvernées par Nyarlathotep, accessibles à travers les rêves. Plus tard, au cours d’un cauchemar surréaliste, Nancy fait face à une machine bizarre en stop-motion – à mi-chemin entre les tripodes de La Guerre des mondes et l’araignée mécanique de Explorers – qui la prend en chasse jusqu’à son réveil en sursaut. Cette création n’est pas sans évoquer la machine composite que Piper mettait en scène et animait dans le premier segment de Shock-O-Rama. Dans le rêve suivant, Nancy est assaillie par des squelettes de créatures volantes, qui s’appréhendent cette fois-ci comme un double hommage direct aux monstres emblématiques de Jason et les Argonautes. Le monstre-rat refait quant à lui son apparition dans des proportions beaucoup plus alarmantes. Désormais gros comme un éléphant, il prend en chasse la romancière, Piper alternant une marionnette mécanique et une figurine en stop-motion selon les plans de cette séquence cauchemardesque. Plus tard, notre infortunée rêveuse fait face à un squelette casqué à la mâchoire affublée de tentacules et à deux molosses reptiliens aux mâchoires carnassières et aux yeux rouges.
Les griefs de la nuit
Comme toujours, le réalisateur/scénariste/animateur/superviseur d’effets visuels ne se réfrène donc pas sur la générosité du spectacle malgré le budget anémique dont il dispose. Certes, la légèreté s’immisce régulièrement dans le film – écho de la personnalité du cinéaste –, et plusieurs références cinéphiliques destinées aux connaisseurs affleurent (l’allusion au guerrier Zuni de La Poupée de la terreur, un personnage baptisé Pete Peterson en hommage à l’assistant de Willis O’Brien sur Le Scorpion noir), mais le ton général de The Dark Sleep marque une intéressante rupture de ton avec le reste de sa filmographie. Le manque de moyens finit même par jouer en faveur du film, qui se réfugie souvent dans l’épure et mue les scènes de rêves en passages déroutants baignés dans une atmosphère quasiment hypnotique. Le scénario réserve par ailleurs de nombreuses surprises étrangères au texte original de Lovecraft mais parfaitement cohérentes avec le déroulement du récit, notamment l’étrange destin de la sœur de l’héroïne ou la révélation finale.
© Gilles Penso
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