FUNNY MAN (1994)

Un homme gagne au poker une grande maison au fin fond de la campagne anglaise et s’y installe avec sa famille, mais une étrange créature les y attend…

FUNNY MAN

 

1994 – GB

 

Réalisé par Simon Sprackling

 

Avec Tim James, Benny Young, Ingrid Lacey, Christopher Lee, Pauline Black, Matthew Devitt, Chris Walker, Rhona Cameron, George Morton, Jamie Heard

 

THEMA DIABLE ET DÉMONS

Quel film bizarre ! On sent bien l’envie de créer une nouvelle franchise horrifico-comique, une sorte de variante anglaise de Freddy Krueger ou de Chucky, mais hélas rien ne tient la route dans ce Funny Man sans queue ni tête. Connu aussi en France sous le titre Le Bouffon de l’horreur, Funny Man est le premier film de Simon Sprackling, d’après son court-métrage homonyme de 1992 dont il reprend non seulement le principe mais aussi une partie du casting. Au départ, le film est censé aborder l’horreur sous un angle relativement sérieux, mais les intentions changent en cours de route. L’acteur principal Tim James ayant considérablement fait évoluer son personnage pendant le tournage, Sprackling finit par le laisser en roue libre, quitte à improviser un grand nombre de scènes et à ne plus suivre du tout le scénario. Voilà qui permet de mieux comprendre le manque de cohérence de l’ensemble. Quand on sait – de l’aveu même du réalisateur – qu’une grande partie des membres de l’équipe a travaillé sous l’emprise de la drogue pendant la production, tout finit par s’éclairer : Funny Man est le fruit contre-nature d’intentions contradictoires noyées dans un nuage de substances douteuses aux effets incontrôlables. Parfois, le fruit d’un tel cocktail se révèle merveilleusement hallucinogène. Dans le cas présent, c’est plutôt l’embarras qui nous saisit.

Christopher Lee, qui se retrouve dans cette galère pour des raisons obscures, occupe le haut de l’affiche mais n’apparaît en réalité qu’une poignée de minutes à l’écran, toutes ses séquences étant emballées en une seule journée. L’ex-superstar de la Hammer incarne Callum Chance, un homme mystérieux et taciturne qui, après avoir perdu une partie de poker, cède sa maison ancestrale à Max Taylor, un producteur musical cynique qui lâche aussitôt en souriant : « J’espère que vous avez fait la poussière avant de partir. » Ce à quoi Chance répond avec flegme : « Vous êtes drôle Monsieur Taylor, mais je connais quelqu’un de plus drôle encore, et bientôt vous le connaîtrez aussi. » Le vainqueur s’installe bientôt avec sa femme et son fils dans la vaste demeure, tandis que son frère est chargé d’emmener toutes ses affaires dans son van, accompagnée d’une ribambelle d’autostoppeurs déjantés. Mais une créature démoniaque aux allures de bouffon se réveille bientôt et entame un jeu de massacre burlesque…

Têtes coupées et pénis crochu

Très tôt, nous sommes déstabilisés face à la tonalité insaisissable du film. Trop absurde pour être effrayant, trop bizarre pour être drôle, il semble naviguer entre deux eaux, comme si son croquemitaine jouait aux funambules sur une corde tendue à mi-chemin entre l’horreur et la comédie. Le bouffon nous adresse souvent des regards complices pendant qu’il commet ses forfaits, agit parfois comme un mime à la pantomime excessive, déclame d’autres fois des phrases sibyllines, adopte toutes sortes de costumes ridicules (baigneur, strip-teaseuse, cowboy mexicain, rasta, rocker blond), se retrouve au cœur de situations grotesques (il urine sur le van avec son pénis crochu, joue au foot avec une tête coupée), mais les rires attendus peinent à fuser. Tous les personnages ont d’ailleurs des comportements bizarres et outranciers dans ce film, comme si les acteurs participaient à une sorte de spectacle d’improvisation en roue libre. Entre la liseuse de tarot jamaïcaine stéréotypée, le montreur de marionnettes introverti, le macho vulgaire ou la fille habillée comme la Vera de Scooby Doo, nous sommes servis. De temps en temps, la voix profonde de Christopher Lee déclame des poèmes macabres, ce qui contribue certes à une atmosphère intéressante mais n’aide pas tellement l’histoire à avancer. On pourra se rabattre sur la très belle photographie du film, sur ses décors grandioses, sur une poignée de séquences visuellement audacieuses (le surgissement du bouffon depuis les entrailles de la terre, la descente vertigineuse le long d’une sorte d’escalier abyssal, le personnage coincé dans un mur malléable) et sur une pincée de gore cartoonesque, mais est-ce suffisant pour que Funny Man marque les mémoires ? Non, hélas. Le film restera d’ailleurs sans suite.

 

© Gilles Penso

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