

Un monstre erre en grognant au fin fond d’un vaste château albanais dans ce remake d’un film d’horreur lovecraftien de Stuart Gordon…
CASTLE FREAK
2020 – USA
Réalisé par Tate Steinsiek
Avec Clair Catherine, Jake Horowitz, Kika Magalhães, Chris Galust, Emily Sweet, Omar Brunson, Elisha Pratt, Genti Kame, Klodian Hoxha, Klodjana Keco, Josif Sina
THEMA FREAKS I DIABLE ET DÉMONS I LOVECRAFT I SAGA CHARLES BAND
Dans la foulée de Puppet Master : The Littlest Reich, qui réinventait à sa manière la longue saga des poupées tueuses initiée à la fin des années 1989, la branche cinéma du magazine culte Fangoria initie une autre variante d’un des films produits par Charles Band : Castle Freak. L’original, réalisé par Stuart Gordon en 1995, était une adaptation libre de la nouvelle Je suis d’ailleurs de H.P. Lovecraft, avec en tête d’affiche Jeffrey Combs et Barbara Crampton (qui tenaient déjà la vedette de Re-Animator et From Beyond pour Gordon). Ce remake change de casting mais conserve Crampton au poste de coproductrice. Quant à la réalisation, elle échoit à Tate Steinsiek, expert des maquillages spéciaux (Zombie Honeymoon, Sharknado 2, Puppet Master : The Littlest Reich) qui passa à la mise en scène à l’occasion du thriller Addiction. « C’est un tel honneur de reprendre non seulement un classique de Stuart Gordon, mais aussi d’embrasser l’univers de Lovecraft » s’enthousiasmait Steinsiek sur Instagram pour annoncer officiellement le lancement du film. Le scénario de ce second Castle Freak, confié à Kathy Charles, s’inspire cette fois-ci non seulement de Je suis d’ailleurs mais aussi d’un autre texte mythique de Lovecraft, L’Abomination de Dunwitch.


Rebecca Riley (Clair Catherine) a perdu la vue dans un accident de la route causé par son petit ami John (Jake Horowitz), qui conduisait sous la double emprise de l’alcool et de la drogue. Leur relation survit tant bien que mal à cette épreuve. C’est alors que l’agent immobilier Marku (Genti Kame) annonce à Rebecca que sa mère biologique, Lavinia Whateley (Kika Magalhães), est décédée, lui léguant un grand château situé en Albanie. Le jeune couple américain débarque donc dans les Balkans pour prendre possession des lieux. John aimerait vendre rapidement le château et tout ce qu’il contient pour en tirer un maximum de profit. Rebecca n’est pas contre, mais elle souhaite en savoir plus sur Lavinia, et comprendre notamment pourquoi elle fut abandonnée dans un orphelinat. Or le château abrite une créature monstrueuse qui vient de se libérer de ses chaînes et erre désormais dans les couloirs. Lorsqu’un groupe d’amis du couple vient leur rendre visite dans le château pour les aider à en faire l’inventaire, les choses ne tardent pas à dégénérer…
Lovecraft Actually
On sent bien, dans le scénario de ce second Castle Freak, la volonté d’embrasser l’univers de Lovecraft dans son entièreté. Ainsi évoque-t-on tour à tour la ville de Dunwich, l’université de Miskatonic, la famille Whateley, Yog-Sothoth, Cthulhu, le Necronomicon, le retour des Grands Anciens, sans oublier ce clin d’œil savoureux post-générique. La mise en scène élégante de Steinsiek tire parti de très beaux décors naturels captés en Albanie, et notamment de l’impressionnant château Gjirokastër où se déroule la grande majorité de l’intrigue. L’ambiance oppressante se révèle particulièrement soignée et les acteurs plutôt convaincants, même si le personnage répondant au surnom de « professeur » (joué par Chris Galust) nous semble beaucoup trop jeune pour endosser ce rôle de sage et d’érudit. Il faut aussi saluer la bande originale « old school » de Fabio Frizzi, le compositeur attitré de Lucio Fulci, qui mettait déjà en musique Puppet Master : The Littlest Reich, et des maquillages spéciaux à l’ancienne très efficaces. Castle Freak n’étant pas bridé par les contraintes d’un grand studio, le film ne se réfrène pas sur l’horreur déviante, notamment au cours d’une poignée de séquences combinant l’érotisme et l’abomination en un cocktail volontairement grandguignolesque. Les puristes lui préfèreront sans doute la version de Stuart Gordon, mais ce remake ne manque ni d’atout ni de charme.
© Gilles Penso
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