

Un ancien gangster devenu amnésique après un accident retrouve la trace de sa femme et d’un redoutable tueur lancé à ses trousses…
L’UOMO SENZA MEMORIA
1974 – ITALIE
Réalisé par Duccio Tessari
Avec Senta Berger, Luc Merenda, Umberto Orsini, Anita Strindberg, Bruno Corazzari, Rosario Borelli, Manfred Feryberger, Tom Felleghy, Carla Mancini
THEMA TUEURS
Scénariste et réalisateur particulièrement éclectique, Duccio Tessari fait ses débuts derrière la caméra avec le péplum mythologique Les Titans, puis touche à tous les genres : les fresques historiques (Le Procès des Doges), les westerns spaghetti (Un pistolet pour Ringo, Le Retour de Ringo, La Chevauchée vers l’Ouest), les polars (Le Papillon aux ailes ensanglantées, Les Grands fusils, Les Durs), toujours avec une solide maîtrise de son sujet et un savoir-faire indiscutable. La qualité de certaines de ses œuvres prouvent qu’il aurait pu aisément atteindre le statut de « grand réalisateur », de ceux qu’on admire dans les cinémathèques. Mais Tessari préfère jouer la prudence et accumuler les succès populaires, quitte à délaisser les honneurs au profit de séries B efficaces et rentables. C’est dans cet état d’esprit qu’il s’attaque à L’Homme sans mémoire, dont il co-écrit le scénario avec Bruno di Geronimo (Mais qu’avez-vous fait à Solange ?) et Ernesto Gastaldi (Mon nom est personne), d’après une histoire de Roberto Infascelli (La Bête tue de sang-froid). À la croisée des genres – un pied dans le thriller psychologique, un autre dans l’épouvante -, le film aura porté de nombreux titres plus ou moins fantaisistes au gré de ses distributions. Si les Américains optent pour le sobre et judicieux Puzzle, les éditeurs vidéo français ne reculent devant rien lorsqu’il s’agit de promouvoir de la VHS, quitte à choisir des appellations aussi étranges qu’Attention tueur ou La Trancheuse infernale ! Nous préférons nous en tenir à L’Homme sans mémoire, titre de sa première exploitation hexagonale.


L’amnésique au cœur de cette intrigue à tiroirs est un certain Peter Smith, incarné par Luc Merenda (un beau gosse qui jouait les espions vedette dans OSS 117 prend des vacances). Cet homme a perdu la mémoire suite à un accident de voiture et travaille désormais dans un magasin d’antiquités à Londres. Mais son passé ne va pas tarder à le rattraper. Il y a d’abord un homme qui s’introduit chez lui, le menace avec une arme à feu puis finit abattu par un tireur inconnu. Puis ce télégramme de son épouse l’invitant à venir la rejoindre à Portofino, en Italie. À son arrivée, il découvre que son vrai nom est Ted Walden et que sa femme Sara (Senta Berger, vue dans Matt Helm traqué) n’était pas au courant du télégramme. Il est clair que quelqu’un d’autre a organisé cette rencontre. À partir de là, les choses se compliquent. Un homme nommé George (Bruno Corazzari) leur révèle que Ted est en possession de sept kilos d’héroïne d’une valeur d’un million de dollars. À moins que la drogue ou l’argent ne soient remis dans un délai d’une semaine, tous deux seront tués. Or la mémoire de notre protagoniste reste désespérément vierge. Bientôt, un mystérieux assassin armé d’un rasoir ne tarde pas à menacer tout ce beau monde…
Souvenirs perdus
Si le scénario de L’Homme sans mémoire s’inscrit dans une tradition policière somme toute classique – avec son lot de machinations et de faux-semblants hérités d’Alfred Hitchcock et des récits de Boileau et Narcejac -, Tessari se laisse volontiers influencer par les codes du giallo, en plein essor sur les écrans italiens depuis le milieu des années 60. Le tueur à l’arme blanche, le souvenir enfoui qui peine à refaire surface, la mélodie obsédante d’une boîte à musique ou la progression d’indices distillés au compte-goutte rapprochent le film des figures de style popularisées par Mario Bava et Dario Argento. S’il ne combat pas dans la même catégorie horrifico-baroque, L’Homme sans mémoire adopte néanmoins une mise en scène résolument sensorielle qui l’éloigne régulièrement d’un strict ancrage réaliste. Les jeux répétés sur les regards, les très gros plans, les objets à l’avant-plan, les reports de mise au point, les plongées et contre-plongées extrêmes, les ralentis sont autant d’artifices qui ajoutent une surcouche presque surréaliste à cette histoire de trafiquants de drogues. Sans compter le surgissement furtif de souvenirs sanglants qui évoquent presque Lucio Fulci, ou ce grand final quasiment granguignolesque qui bascule dans une violence exubérante. Ciselé dans une très belle photographie de Giulio Albonico, rythmé par une musique envoûtante de Luciano Martino, L’Homme sans mémoire est une œuvre passée souvent au second plan mais qui mérite largement d’être redécouverte.
© Gilles Penso
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