

Pour les besoins d’une émission consacrée au paranormal, une équipe d’enquêteurs s’isole dans un hôpital psychiatrique supposé être hanté…
GRAVE ENCOUNTERS
2011 – CANADA
Réalisé par Colin Minhan et Stuart Ortiz
Avec Benjamin Wilkinson, Sean Rogerson, Ashleigh Gryzko, Merwin Mondesir, Juan Riedinger, Shawn Macdonald, Arthur Corber, Bob Rathie, Fred Keating, Max Train
THEMA FANTÔMES
Grave Encounters est signé par The Vicious Brothers », un surnom collectif énigmatique derrière lequel se cachent les réalisateurs canadiens Colin Minhan et Stuart Ortiz. Avant cette œuvre à quatre mains, Minhan avait mis en scène près d’une trentaine de courts-métrages et Ortiz avait dirigé le drame Far West, un moyen métrage de 2005 lié aux traumatismes de la guerre d’Irak. Grave Encounters est donc leur plongeon commun dans « la cour des grands ». Pour autant, la production reste très modeste. Tourné pendant dix nuits et deux jours avec un budget de 120 000 dollars, ce « found footage » s’inspire d’un programme télévisé réel, Ghost Adventures, qui suit les enquêtes d’un groupe de chasseurs de fantômes dans des lieux supposément hantés. Les gimmicks et les effets de styles de cette série documentaire alimentent largement le scénario de Grave Encounters et permettent de mieux caractériser les protagonistes. Le décor fictif du film, l’hôpital psychiatrique Collingwood situé dans le Maryland, est en réalité l’hôpital Riverview, un établissement abandonné situé à Coquitlam, en Colombie-Britannique, construit au début du 20ème siècle et fermé en 2012. Sa photogénie délabrée servit déjà d’écrin à d’autres productions beaucoup plus fortunées tournées au Canada, notamment le Watchmen de Zack Snyder ou les X-Files.


Le prologue nous apprend que Grave Encounters est le nom d’une émission télévisée à succès consacrée au paranormal, dont la programmation fut annulée après cinq épisodes à la suite de la disparition de l’équipe. Le producteur de la série, Jerry Hartfield, nous présente alors des scènes brutes tirées des images récupérées du sixième et dernier épisode. Nous y voyons le chasseur de fantômes Lance Preston, la spécialiste de l’occulte Sasha Parker, l’opérateur de surveillance Matt White, le caméraman T. C. Gibson et le médium Houston Gray, invités à examiner l’hôpital psychiatrique abandonné de Collingwood, où des phénomènes inexpliqués sont signalés depuis des années. Après avoir visité les lieux en compagnie du gardien de cet hôpital sinistre, où furent apparemment pratiquées des expériences médicales contraires à l’éthique la plus élémentaire, nos enquêteurs s’enferment pour commencer leurs investigations nocturnes. Au début, rien de spécial ne se manifeste dans les lieux. Mais la situation ne tarde pas à dégénérer…
L’hôpital et ses fantômes
Puisque ce film est censé nous montrer les rushes d’un reportage professionnel, le spectateur est en droit de se demander pourquoi la caméra n’arrête pas de bouger, de zoomer, de refaire la mise au point, de se recadrer, même dans les moments les plus calme. On se doute qu’il s’agit de donner le sentiment que toutes ces images sont prises sur le vif, mais aucun cameraman digne de ce nom – à moins qu’il ne souffre de la maladie de Parkinson – ne filmerait de cette manière de simples scènes de discussions. Le dispositif nous apparaît donc d’emblée comme artificiel et met à mal notre suspension d’incrédulité. Dommage, parce que Grave Encounters ne manque pas d’attraits. L’une des idées les plus intéressantes consiste par exemple à montrer que l’équipe truque certains témoignages ou sollicite un faux médium pour faire mousser son émission. Les atouts majeurs du film sont ses acteurs, qui jouent avec beaucoup de naturel. Par leur biais, quelques passages anxiogènes se révèlent très efficaces (le fauteuil roulant qui se met en branle, les cheveux remués par une force invisible) et l’angoisse s’accroit à mesure que les notions de temps et d’espace s’abolissent, coupant non seulement tout repère mais aussi tout espoir d’échappatoire. Au cours du dernier acte, les manifestations surnaturelles deviennent beaucoup plus frontales et spectaculaires. Alors certes, nous n’évitons pas la routine des caméras qui remuent, des gens qui crient en courant dans les couloirs ou des confessions face à l’objectif façon Blair Witch. Mais Grave Encounters, malgré cette accumulation de « passages obligatoires », remplit pleinement son contrat de « film de flippe en vue subjective ». Une suite sera mise en chantier l’année suivante.
© Gilles Penso
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