LE SENS DE LA VIE (1983)

Dans ce film à sketches délirant, les Monty Pythons repoussent toutes les limites en s’interrogeant sur la finalité de notre existence en ce bas-monde…

THE MEANING OF LIFE

 

1983 – GB

 

Réalisé par Terry Jones

 

Avec Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Eric Idle, Terry Jones, Michael Palin, Carol Cleveland, Simon Jones, Patricia Quinn, Judy Loe, Andrew MacLachlan

 

THEMA DIEU, LES ANGES ET LA BIBLE I MÉDECINE EN FOLIE I MORT

Après leur double coup d’éclat sur grand écran – Sacré Graal et La Vie de Brian -, les Monty Pythons n’entendent pas s’arrêter en si bon chemin et commencent à réfléchir à un nouveau long-métrage loufoque. Ils envisagent d’abord de mettre en scène des armées sponsorisées et des soldats portant des uniformes militaires couverts de publicités, en pleine troisième guerre mondiale. Mais le scénario peine à se développer. Leur seconde idée consiste à les montrer en train de simuler le tournage d’une adaptation de Hamlet dans les Caraïbes pour prouver qu’ils ne cherchent pas à échapper aux impôts. Cette intrigue ne mène nulle part non plus. Face à ce cul de sac artistique, les Pythons constatent qu’il leur reste sous le coude des dizaines de gags disparates non encore utilisés. La solution s’impose alors d’elle-même : un film à sketches qui relierait entre elles de nombreuses scènes absurdes sans rapport les unes avec les autres. Ainsi naît Le Sens de la vie. Tout commence par un faux court-métrage dans lequel les vieux employés d’une compagnie d’assurance se révoltent contre leurs nouveaux patrons. Par le biais d’un remarquable travail de décors, d’effets spéciaux et de maquettes, le vénérable immeuble se mue en galion pirate qui s’arrache au bitume et vogue pour partir à l’abordage d’un quartier d’affaires moderne.

Place ensuite à six poissons dans un aquarium qui, via un trucage hilarant, ont les têtes des Monty Pythons. En voyant l’un des leurs se faire déguster dans un restaurant, ils s’interrogent sur le sens de la vie. Dès lors, les sketches démentiels s’enchaînent au hasard d’un fil conducteur extrêmement ténu. La première partie, consacrée au « miracle de la naissance », nous montre un accouchement pratiqué par deux médecins grotesques puis se transforme en comédie musicale où le père d’une famille de soixante enfants (Michael Palin), dans un quartier pauvre du Yorkshire, chante avec enthousiasme « chaque sperme est sacré ». La deuxième partie, « croissance et éducation », s’intéresse à un cours d’éducation sexuelle dans un collège guindé qui s’achève par une démo « grandeur nature » devant les élèves par le professeur (John Cleese) et son épouse. La troisième partie, dédiée au « combat », ridiculise l’armée avec panache. On y voit une bataille dans les tranchées qui se transforme en pot de départ à la retraite, puis une guerre acharnée au cœur de l’Afrique où les fiers officiers britanniques gardent leur flegme en toutes circonstances puis rencontrent un faux tigre. La quatrième partie, « le moyen-âge », met en scène un repas hawaïen pour touristes dans un donjon médiéval où sont torturés des suppliciés et où on ne commande pas des plats mais des sujets de conversation.

Noël au Paradis

L’outrance, l’excès et le gore éclaboussent joyeusement les deux sketches suivants. Dans la cinquième partie, « don d’organes », deux hommes viennent en effet prélever le foie d’un donneur d’organe (Terry Gilliam) de son vivant ! Mais ce n’est rien à côté de la sixième partie, « le troisième âge », située dans un restaurant français très huppé. Un pianiste (Eric Idle) y chante des odes au pénis, puis un homme monstrueusement ventripotent, Monsieur Creosote (Terry Jones), s’installe et commande un repas gargantuesque, vomissant avec une abondance qui ferait pâlir la Regan de L’Exorciste. Dans le chapitre final titré « la mort », un criminel (Graham Chapman) choisit sa propre exécution : être poursuivi par une armada de jeunes femmes à moitié nues avant de se précipiter dans le vide jusque dans sa tombe. Puis la Faucheuse débarque et s’invite dans un dîner mondain entre gens snobs, avant que tout s’achève par un grand numéro musical hallucinant : « c’est Noël au Paradis ». Si Le Sens de la vie peut sembler plus décousu que Sacré Graal et La Vie de Brian, le grain de folie des Pythons y est toujours aussi vivace, aidé ici par une augmentation conséquente du budget qui leur permet d’accéder à de vastes décors, une figuration importante, des trucages de haut niveau et toute une série de maquillages spéciaux impressionnants. Le plus mémorable d’entre eux est bien sûr celui de l’immonde Monsieur Creosote, conçu par Chris Tucker (Elephant Man, La Compagnie des loups) qui culmine vers une épouvantable explosion verdâtre. Ce déluge de délires surréalistes permettra aux six trublions de remporter le Grand Prix spécial du Festival de Cannes en 1983.

© Gilles Penso

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