RED STATE (2011)

Kevin Smith oublie la comédie et les clins d’œil référentiels pour ce film sanglant et radical qui s’en prend ouvertement au fanatisme religieux…

RED STATE

 

2011 – USA

 

Réalisé par Kevin Smith

 

Avec Michael Parks, John Goodman, Melissa Leo, Kyle Gallner, Kery Bishé, Michael Angarano, Nicholas Braun, Ralph Garman, Stephen Root, James Parks

 

THEMA TUEURS

Red State marque un changement de ton radical dans la filmographie de Kevin Smith. Ici, pas d’humour référentiel, pas de clins d’œil ou de coups de coude adressés aux spectateurs. En se laissant inspirer par l’esprit du thriller noir Vulgar de Bryan Johnson, le réalisateur de Dogma cherche à se lancer dans un film d’horreur au premier degré, à contre-courant de ce que l’on attend habituellement de lui. La source d’inspiration principale de Red State provient des actes haineux du célèbre pasteur homophobe Fred Phelps. « Mon film aborde en grande partie ce sujet, ce point de vue et cette prise de position extrême », explique Smith. « Je ne mets pas en scène Phelps lui-même mais un personnage qui lui ressemble beaucoup. » (1) Le scénario se nourrit aussi du dramatique « siège de Waco », au Texas, qui opposa en 1993 les forces fédérales américaines et la secte religieuse des Branch Davidians. Face à la radicalité du sujet, les frères Weinstein, qui avaient jusqu’alors participé à la distribution de la majorité des films de Kevin Smith, préfèrent passer leur tour. Miramax refusant d’entrer dans la danse, ce sont deux groupes d’investisseurs privés, l’un basé à New York, l’autre au Canada, qui permettent de réunir les quatre millions de dollars nécessaires à l’entrée en production de Red State.

Tourné dans l’ordre chronologique pendant 25 jours consécutifs – au cours desquels Smith dormit bien peu, puisqu’il décida de monter son long-métrage au fur et à mesure des prises de vues -, Red State se déroule dans une petite ville indéterminée du Sud des États-Unis. L’adolescent Jarod (Kyle Gallner) convainc ses meilleurs amis, Travis (Michael Angarano) et Billy-Ray (Nicholas Braun), de l’accompagner à une partie de jambes en l’air avec une mystérieuse femme de trente-huit ans prénommée Sarah. Excités et nerveux, les trois garçons prennent la route pour rejoindre la demeure isolée de l’inconnue. Mais en chemin, Travis percute une voiture abandonnée au bord de la route, un incident troublant qui aurait dû les alerter. À leur arrivée, Sarah (Melissa Leo) les accueille chaleureusement et leur offre de la bière. Quelques gorgées suffisent à les faire sombrer dans l’inconscience. Lorsqu’ils reprennent leurs esprits, l’illusion se dissipe brutalement : ils sont tombés dans les griffes de la Five Points Trinity Church, une église fondamentaliste dirigée par le sinistre pasteur Abin Cooper (Michael Parks), un fanatique persuadé d’accomplir la volonté divine. Pour lui et ses fidèles, les adolescents incarnent la corruption morale qu’il faut purifier par la mort. Pendant ce temps, l’église est assiégée par des agents de l’ATF dirigés par l’agent Joseph Keenan, qui ont reçu l’ordre de détruire la cellule terroriste. La situation ne va pas tarder à dégénérer…

Tous condamnés

Avec à sa disposition un planning de tournage serré et un budget minime – qui le pousse à embaucher des amis, de la famille et des membres de l’équipe du film pour tenir de petits rôles -, Smith nous livre une œuvre sèche et brute qui attaque son sujet directement « à l’os » sans la moindre fioriture. Ici, l’humanité n’est guère reluisante, dans la mesure où aucun des personnages ne nous est sympathique – et ne semble, de fait, digne d’être sauvé. Les jeunes adeptes d’un plan à trois avec une femme plus âgée qu’eux, le shérif pleutre, les membres de l’église fasciste armés jusqu’aux dents, la troupe d’intervention à l’éthique très discutable rivalisent ainsi de tares et de travers. Le constat est donc amer. Si les acteurs sont impeccables (notamment Michael Parks, choisi grâce à sa prestation dans Une nuit en enfer), l’empathie des spectateurs peine à se mettre en place, faute de véritable figure d’identification. C’est l’une des faiblesses du film, l’autre étant son épilogue un peu faible. Mais Red State reste une œuvre coup de poing, âpre et efficace, qui vise juste sans prendre de gants. Distribué en salles par Kevin Smith lui-même, le film fera l’objet en 2015 d’une adaptation sous forme de court-métrage animé réalisée par Dan Costales.

 

(1) Extrait d’une interview parue sur le site Rotten Tomatoes en avril 2007.

 

© Gilles Penso

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