

Après la mort d’une mère qu’elle ne fréquentait plus depuis longtemps, une femme renoue avec son passé et se heurte à une inquiétante créature…
OTHER
2025 – FRANCE / BELGIQUE
Réalisé par David Moreau
Avec Olga Kurylenko, Jean Schatz, Lola Bonaventure, Jacqueline Ghaye, Sacha Nugent, Philip Schurer, Ange Dalot Nawasadio, Julie Maes, Milton Riche
THEMA FREAKS
David Moreau avait fait des débuts très remarqués grâce à son premier long-métrage, Ils, co-réalisé avec Xavier Palud, un thriller horrifique sec comme une trique et fort bien mené. Le remake The Eye, que les duettistes tournèrent ensuite à Hollywood, s’était révélé moins convaincant. Son comparse s’étant principalement reconverti sur le petit écran (XIII : la série, Intrusion, Braquo), Moreau poursuivit sa carrière en solo avec la comédie 20 ans d’écart, la fable de science-fiction Seuls, l’aventure familiale King et le film d’horreur MadS, preuve de sa versatilité. Avec Other, il s’attaque à une épouvante plus psychologique. Certes, cette nouvelle incursion dans le cinéma de genre n’est pas avare en horreur graphique, mais le film joue surtout sur son atmosphère et sur l’inquiétude venue du hors-champ. « En tant que réalisateur, je me sens plus à l’aise lorsque je ne montre pas trop de choses, parce que j’aime que le public participe au processus de création avec sa propre imagination », explique Moreau. « Je pense que vous êtes plus efficace lorsque vous l’impliquez activement. Qu’est-ce qu’il y a derrière cette porte ? Qu’est-ce que j’entends ? Vous faites en sorte que le spectateur construise le monstre dans son propre esprit, au lieu de simplement le regarder. » (1) Voilà les mécanismes de peur sur lesquels repose principalement Other.


Une triple introduction ouvre le film. Il y’a d’abord ce jeune youtubeur qui enquête sur la mort mystérieuse d’un garçon retrouvé dans les bois, le visage atrocement mutilé. À quelques kilomètres de là, nous découvrons une femme recluse dans une maison entièrement équipée de caméras de vidéosurveillance. Réveillée en pleine nuit par une alarme, elle s’aventure dans les bois où un mystérieux agresseur surgit et lui arrache le visage. Puis nous rencontrons Alice, vétérinaire, dont la vie semble parfaitement ordinaire. Jusqu’au jour où elle apprend brutalement la mort de sa mère. Après avoir coupé les ponts avec elle pendant des années, Alice n’a d’autre choix que de retourner dans la maison de son enfance pour régler les funérailles. Mais dès son arrivée, les souvenirs d’une adolescence traumatique refont surface. Rien n’a changé : ni la maison, ni sa chambre, ni les traces d’un passé qu’elle aurait préféré oublier. Rien… à l’exception de ce système de vidéosurveillance sophistiqué installé partout dans la propriété. Et de cette ombre inquiétante qui semble rôder autour de la maison. Plus les souvenirs se précisent, plus leur monstruosité prend corps…
Face off
Si Alice n’est pas l’unique personnage du film, elle est la seule dont nous verrons le visage. Celui d’Olga Kurylenko, donc, et plus furtivement celui de Lola Bonaventure, qui l’incarne à 17 ans dans des films amateurs. Tous les autres protagonistes du drame restent hors champ, filmés de dos ou dans le flou, dissimulés derrière des rideaux, des masques ou des draps, déformés par un écran brisé, voire caricaturés par des filtres Instagram. Tout est bon pour occulter les traits des êtres humains qui peuplent le récit. Ce parti pris radical renforce immédiatement le phénomène d’identification et contribue au malaise insidieux qui s’installe peu à peu. « L’objectif était de faire en sorte que le public soit aussi proche que possible du personnage », explique Moreau. « Le fait qu’elle ait ce passé, quelque chose de caché, enfoui quelque part dans son esprit, qui doit ressortir, se déployer – et qu’elle soit en réalité incapable de voir les visages autour d’elle parce qu’elle n’arrive pas à percevoir correctement la réalité qui l’entoure – était l’une des raisons de ce choix. » (2) Mais le procédé va plus loin : la dissimulation devient peu à peu une question de survie face à cette « bête » qui rôde dans la forêt et dans la maison. Même si le film force parfois le trait – les scènes de beuverie solitaire d’Alice ou le personnage peu crédible du gamin qui espionne les lieux depuis des années -, il sait nous secouer profondément dans sa description d’une adulte confrontée au retour de souvenirs traumatiques qu’elle avait soigneusement enfouis. Olga Kurylenko s’y implique d’ailleurs avec une belle intensité physique. Laspect le plus intéressant du film reste sans doute sa manière de questionner les diktats de la beauté physique, brutalement remis en cause par un dénouement choc.
(1) et (2) Extraits d’une interview publiée dans Borrowing Tape en octobre 2025
© Gilles Penso
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