SANGUINE (2026)

Une interne en médecine découvre qu’une étrange maladie touche les jeunes travailleurs surmenés, altérant à la fois leur esprit et leur corps…

SANGUINE

2026 – FRANCE

Réalisé par Marion Le Coroller

Avec Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Clément Bresson, Sonia Faidi, Benjamin Mendes, Stefan Crepon, Niko Ravel, Joël Cudennec, Lancelot Courciéras

THEMA MUTATIONS

Avant de faire du cinéma, Marion Le Coroller travaillait dans la finance. Mais après plusieurs années sous pression constante, elle fait un violent burn-out et finit cette première partie de carrière dans un état lamentable. Meurtrie dans sa tête mais aussi dans son corps, elle décide de tirer profit de cette expérience malheureuse pour la raconter dans un film. Pas question pour autant d’adapter ce sujet sous forme d’un drame social réaliste. Fan de cinéma de genre en général et de « body horror » en particulier, la réalisatrice choisit le biais du fantastique et du gore pour transfigurer à l’écran les profondes altérations psychologiques et physiques que subissent les employés soumis à un rythme éreintant et des contraintes impossibles. Ainsi naît Sanguine, que Marion Le Coroller choisit de situer dans le milieu hospitalier. « J’ai fait des stages dans des services d’urgence où j’ai suivi des médecins sur plusieurs semaines pour voir vraiment comment ils travaillaient et les injonctions auxquels ils étaient confrontés, notamment devoir faire du chiffre et voir le maximum de patients dans une journée », raconte-t-elle. « Dans notre monde contemporain en général, il faut être ultra performant, tout faire tout de suite, et ce n’est jamais assez. Cela pousse les gens, qui ont le sentiment d’être des pions interchangeables dans des endroits qui manquent de sens, à devenir complètement malades. » (1) À la fois intime et universel, politiquement engagé et excessif jusqu’à l’outrance, Sanguine est tourné pendant 38 jours avec un budget raisonnable de cinq millions d’euros.

Margot (Mara Taquin), jeune stagiaire ambitieuse, intègre l’un des services d’urgences les plus compétitifs du pays. Sous la direction d’un médecin-chef tyrannique (Karin Viard), qui transforme l’hôpital en véritable chaîne de production, elle découvre un environnement où la pression, l’épuisement et la compétition font partie du quotidien. Pour se faire une place, Margot doit constamment repousser ses limites et lutter contre le doute qui l’habite. Mais bientôt, plusieurs patients de son âge arrivent aux urgences avec d’étranges symptômes : des veines rouges qui se multiplient sur leur corps, des cernes profonds, une fatigue extrême, des éruptions cutanées spectaculaires, du gigantisme…  Lorsque Margot commence à présenter les mêmes symptômes et à transpirer littéralement du sang, elle comprend qu’il ne s’agit pas d’une simple épidémie. Un mystérieux virus semble infecter les corps soumis au surmenage. Et dans cet hôpital où personne ne s’arrête jamais, chacun pourrait être contaminé… ou déjà porteur.

Le travail, c'est la santé ?

Un tel postulat évoque forcément Grave et The Substance, mais Sanguine nous emmène clairement ailleurs, parce que son discours n’est pas le même. Il n’est pas ici question des diktats de la beauté ou de l’intégration sociale, mais de pressions professionnelles qui incitent la jeune génération à accepter l’inacceptable, quitte à pousser les limites dans leurs ultimes retranchements. Il y a donc certes un discours social dans Sanguine, mais vu à travers le prisme de l’humour (le prologue dans le fast food est un petit morceau d’anthologie) et surtout de la distanciation que permet le fantastique. Même le décor de l’hôpital ne cherche pas le réalisme absolu. Marion Le Coroller laisse l’approche pseudo-documentaire à la série Hippocrate pour bâtir de son côté un univers légèrement décalé, mis en image avec soin par le directeur de la photographie Guillaume Schiffman. C’est dans ce contexte que l’horreur corporelle la plus extrême peut se déployer. Nous voici une fois de plus face à cette génération de réalisatrices décomplexées qui ne se contentent pas de prolonger les expérimentations de David Cronenberg (même si on pense fatalement à Rage et Chromosome 3) mais proposent leur propre vision, sans hésiter à exhiber le corps féminin autrement que sous l’angle érotique. De ce point de vue, Sanguine va jusqu’au bout de son concept, laissant libre cours aux hallucinants effets spéciaux de maquillage de Pierre-Olivier Persin (déjà en très grande forme dans The Substance). Pour illustrer cette réflexion spectaculaire sur le mal-être au travail, Mara Taquin donne pleinement de sa personne, tandis que Karin Viard se révèle parfaite dans le registre de la froideur autoritaire et cynique. Voilà donc un premier long-métrage savoureux et très prometteur.

(1) Extrait d’une interview publiée sur Cineuropa.fr en mai 2026

© Gilles Penso

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