

Un fantôme s’immisce dans une prison indonésienne et massacre de manière spectaculaire tous ceux qui sont frappés de pensées négatives…
GHOST IN THE CELL
2026 – INDONÉSIE / CORÉE DU SUD
Réalisé par Joko Anwar
Avec Abimana Aryasatya, Almanzo Konoralma, Aming Sugandhi, Arswendy Bening Swara, Bront Palarae, Dimas Danang Suryonegoro, Dewa Dayana, Endy Arfian
THEMA FANTÔMES
Biberonné aux films de kung-fu et au cinéma d’horreur, le cinéaste indonésien Joko Anwar fait ses débuts comme journaliste avant d’écrire son premier scénario pour Arisan de Nia Dinata, puis passe lui-même derrière la caméra à l’occasion de la comédie Joni’s Promise. Il touche ensuite à tous les genres, du film noir au drame psychologique en passant par le drame. Mais c’est l’horreur qui va lui permettre d’acquérir une renommée internationale avec des titres comme Satan’s Slave, Impetigore, Grave Torture ou The SIede at Thorn High. Son univers mêle volontiers le fantastique, le gore et la critique sociale, les codes du genre lui permettant souvent d’explorer les peurs collectives et les tensions sociales. Il poursuit logiquement cette voie avec Ghost in the Cell, dont le titre ressemble à un gag cinéphilique (même si cette fable horrifique n’a strictement rien à voir avec Ghost in the Shell). Réalisateur, scénariste, producteur exécutif et monteur du film, Anwar fait construire pour les besoins de son long-métrage un décor de prison complet, inspiré d’un véritable site carcéral, en l’occurrence Sukamiskin, situé à Java-Ouest. Efficace, il parvient à boucler son film en 25 demi-journées, s’appuyant souvent sur des prises uniques pour gagner du temps et conserver la spontanéité de ses acteurs. Quant au montage, il est expédié en quatre jour seulement ! Un véritable exploit, fruit d’une frénésie créative qu’on ressent parfaitement à l’écran.


Le film s’ouvre sur le journaliste Dimas, qui travaille tard dans la nuit pour finir son dernier article consacré à une exploitation minière illégale à Bornéo, où plusieurs ouvriers ont trouvé la mort dans des circonstances mystérieuses. Furieux à l’idée des répercussions que pourrait provoquer ce texte accusateur, son rédacteur en chef le rejette en bloc et lui demande de revoir sa copie en l’adoucissant. Resté seul dans son bureau, le patron du journal est soudain attaqué par une entité maléfique qui le massacre. Et c’est ce pauvre Dimas qui est accusé du meurtre. Aussitôt emmené dans la prison de Labuhan Angsana, à Jakarta, il découvre les problèmes quotidiens auxquels sont confrontés les détenus, notamment l’oppression violente que leur font subir les responsables de la prison et les affrontements entre bandes. Mais les choses prennent une tournure beaucoup plus affolante lorsque les prisonniers sont retrouvés morts les uns après les autres, dans des circonstances épouvantables. Le coupable semble être un spectre qui s’attaque à ceux dont l’aura est la plus négative. Mais comment rester positif dans l’environnement hostile d’une prison ?
« Où iras-tu après la mort si tu n’as pas de religion ? »
Sur un concept délirant qui n’est pas sans évoquer le Prison de Renny Harlin, Ghost in the Cell multiplie les séquences gore volontairement excessives au cours desquelles les corps sont contorsionnés, écrasés, déchirés, transpercés, hachés menus ou ébouillantés pour se transformer en natures mortes macabres et sanguinolentes dignes de la série Hannibal. Pour contrebalancer ce jeu de massacre, l’humour absurde transparaît partout dans le film. Les nombreux combats qui se déclenchent entre les détenus sont donc à la fois brutaux, virtuoses et cartoonesques, ponctués de gags outranciers, comme lorsque les belligérants s’interrompent en pleine bagarre pour danser ou prier, afin d’éviter que leur aura négative ne les condamne à une mort atroce. Derrière cette folie ambiante, Joko Anwar tient à régler ses comptes avec la société indonésienne, dont il dénonce à la fois les dérives religieuses et la corruption envahissante. D’où des répliques volontiers satiriques, comme ce détenu qui lance à son voisin de cellule « Où iras-tu après la mort si tu n’as pas de religion ? », ou ce maton qui constate amèrement : « Cinq gardiens intègres sur 50 ? C’est 10%, comme dans tout le pays ! » Sans chercher à s’ériger en donneur de leçons ni oublier l’objectif purement récréatif de son film, le réalisateur dresse tout de même un portrait bien peu reluisant de l’Indonésie, où l’écart entre les riches et les pauvres se creuse de manière vertigineuse et où ce n’est pas forcément l’attitude la plus méritante qui est récompensée. Un constat qu’on pourrait facilement élargir à la planète toute entière, hélas.
© Gilles Penso
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