BLOODY MARY 3D (2011)

Ce nanar érotico-sanglant reprend à son compte la légende de la fameuse revenante qui s’attaque ici à une équipe de tournage…

BLOODY MARY

2011 – USA

Réalisé par Charlie Vaughn

Avec Veronica Ricci, Alena Savostikova, Derek Jameson, Bear Badeaux, Shannon Bobo, Michael Simon, Natalie SHaheen, Ryan Barry McCarthy, Genna McCohen

THEMA FANTÔMES

Dans l’imaginaire populaire anglo-saxon, Bloody Mary est une entité surnaturelle que l’on fait surgir en prononçant son nom devant un miroir, généralement au beau milieu d’une pièce plongée dans l’obscurité. Selon les versions, son invocation provoque l’apparition d’un visage terrifiant, d’un spectre ensanglanté ou d’une femme animée par une soif de vengeance. Certains récits prétendent qu’elle s’attaque violemment à ceux qui osent l’appeler, tandis que d’autres lui attribuent le pouvoir de révéler leur avenir. Contrairement aux légendes dont les origines peuvent être rattachées à un récit fondateur clairement identifié, cette « Marie sanglante » ne possède ni version unique, ni origine définitivement établie. Son histoire s’est transmise au fil du temps, évoluant au gré des témoignages, des traditions orales et des interprétations populaires. Le cinéma d’horreur s’en est naturellement emparé pour l’accommoder à toutes les sauces, et force est de constater que le Bloody Mary 3D de Charlie Vaughn est sans doute l’une de ses déclinaisons les plus calamiteuses. Si le nom du réalisateur ne nous dit pas grand-chose, son monteur Mark Polonia est un stakhanoviste spécialisé dans les séries Z fantastico-horrifico-ridicules (il en a monté et/ou réalisé des centaines). Tourné en 3D – sans aucune autre raison qu’un vague argument marketing -, ce nanar de haut vol existe aussi en 2D, les deux versions différant d’une vingtaine de secondes à peine.

Le carton d’introduction nous annonce que nous sommes à Los Angeles en 1904, même si l’image vidéo, les costumes et les décors n’évoquent absolument pas le début du siècle. Aucun effort de direction artistique n’est visiblement fait pour essayer de nous y faire croire un tant soit peu. Les cinq premières minutes du film cherchent ailleurs l’attention du spectateur, s’attardant sur deux demoiselles qui se dénudent et s’accouplent langoureusement en poussant des gémissements. Soudain, le mari évangéliste de Mary Worth, l’une des deux polissonnes, débarque, s’écrie « tu es souillée par le péché ! » et les tue toutes les deux. Les péripéties suivantes restent localisées à Los Angeles mais se déroulent un siècle plus tard. Deux jeunes femmes pénètrent dans les coulisses d’un studio de tournage dans l’espoir d’y rencontrer leur idole, le chanteur Matt Elias. Plus gourde l’une que l’autre, elles décident d’invoquer Bloody Mary pour rire, en prononçant trois fois son nom devant un miroir – façon Candyman ou Beetlejuice. Aussitôt, la revenante apparaît et les zigouille. Peu après débarque sur les lieux une équipe de bras cassée embauchée pour tourner le nouveau vidéoclip du chanteur vedette. Le massacre va donc pouvoir tranquillement continuer…

Vidéoslip

Quand le producteur du clip déclare à la cantonade « nous avons besoin de quelque chose de rapide et de pas cher » pour évoquer ce qu’ils s’apprêtent à tourner, il pourrait tout aussi bien parler du film lui-même. Car tout fait bâclé et amateur dans Bloody Mary 3D : les décors, la photo, le montage, la prise de son, la musique, les acteurs, bref rien ne va. Le réalisateur fait même du remplissage en laissant traîner en longueur des images touristiques de Los Angeles et surtout en nous assénant plusieurs clips du chanteur Matt Elias (joué par Derek Jameson), dont l’un qui dure 3 minutes 30 montre en main ! Bloody Mary, elle, est incarnée par une actrice fort peu pudique (Veronica Ricci) qui avance mollement vers ses victimes sans trop y croire, errant dans des couloirs moches au milieu des pelles, des balais, des radiateurs et des prises électriques. La plupart du temps nue et ensanglantée, elle porte aussi une robe de soirée ou un simple slip, au bon vouloir d’un scénario qui s’improvise manifestement au fur et à mesure. Mal filmés, mal montés et extrêmement mal joués, les meurtres se commettent à mains nues, au couteau, au tournevis ou à la corde de guitare, sans que ni le fan de films d’horreur ni l’amateur de films érotiques n’y trouve son compte. C’est légèrement amusant au second degré, mais pas suffisamment pour justifier le visionnage intégral de cette purge extrêmement facultative.

© Gilles Penso

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