LE RETOUR DE GODZILLA (1984)

Pour fêter dignement les trente ans du plus célèbre des dinosaures radioactif, la Toho initie une résurrection en forme de remake du film original

GOJIRA

1984 – JAPON

Réalisé par Kohji Hashimoto

Avec Keiji Kobayashi, Ken Tanaki, Yasuko Sawagushi, Shin Takuma, Tatsuya Mihashi, Eitaro Ozama, Jun Tazaki

THEMA DINOSAURES I SAGA GODZILLA

Les Monstres du Continent Perdu n’ayant guère connu les faveurs du public, la prolifique série des films consacrés à Godzilla s’interrompit tout net en 1975. Pour faire renaître de ses cendres le dinosaure radioactif, il était évident qu’il fallait une nouvelle approche, les derniers films en date s’étant tournés vers le tout jeune public jusqu’à la caricature. Pour célébrer les trente ans de son existence, la Toho se lance alors dans un très ambitieux Retour de Godzilla qui ignore superbement tous ses prédécesseurs, à l’exception du film original dont il constitue une sorte de suite directe – et tardive. Finis les gadgets exubérants, les extra-terrestres multicolores, les monstres gentils qui parlent et les bébés dinosaures farceurs. Ici, Godzilla redevient la bête redoutable qui symbolise les forces déchaînées de la nature et les périls de l’atome. Son look a d’ailleurs connu un petit ravalement de façade. Ses canines sont désormais proéminentes comme celles d’un chien féroce, son regard sévère et bestial, et même s’il demeure un comédien engoncé dans un costume de caoutchouc, il y gagne en crédibilité. Fort d’un budget généreux, le superviseur des effets spéciaux Teruyoshi Nakano se paie même le luxe d’une version animatronique du dinosaure, qui ne servira finalement que très peu, mais qui prouve les ambitions revues à la hausse par le studio.

Notre monstre apparaît furtivement dès le prologue du film, attaquant un navire russe dont les membres de l’équipage sont ensuite tués par d’affreux parasites géants, mixages entre la limace et le scorpion. Godzilla s’en prend ensuite à une centrale nucléaire, revigorant ses forces grâce au plutonium, gagnant encore en puissance, et atteignant les 80 mètres de haut !  Les séquences d’effets spéciaux s’avèrent extrêmement spectaculaires, même si les maquettes demeurent facilement identifiables, et le saccage de Tokyo, notamment, restera dans les mémoires comme un véritable déferlement de bruit et de fureur. Godzilla y détruit les buildings à grands coups de queue, secoue un métro aérien comme King Kong, crache du feu sans discontinuer et semble tout bonnement invincible. Mais ce Retour de Godzilla n’est pas un simple déferlement pyrotechnique.

Le traumatisme d'Hiroshima et Nagazaki

Les séquences humaines s’y développent en suscitant un réel intérêt, notamment cette assemblée générale au cours de laquelle le premier ministre japonais refuse catégoriquement d’utiliser l’arme atomique pour détruire Godzilla, contre l’avis de ses homologues américains et russes. La tension y atteint celle des meilleurs films catastrophes de l’époque, et le traumatisme d’Hiroshima et Nagazaki y est plus que jamais palpable. Après avoir été frappé par une bombe au cadmium lâchée par « Super X », une forteresse volante futuriste digne des Thunderbirds, Godzilla semble succomber. Mais l’explosion accidentelle d’un missile nucléaire au-dessus de la couche atmosphérique provoque une tempête électromagnétique qui le réveille. Il sera finalement détruit par l’éruption d’un volcan, la nature s’avérant plus efficace que n’importe quelle arme imaginée par l’homme. Le succès de ce Retour de Godzilla est tel qu’il ravive la franchise et donne naissance à une série de remakes modernisés des aventures de cet immortel dragon préhistorique, au sein d’une seconde ère qui sera baptisée « Heisei ».

 

© Gilles Penso