LE PUITS ET LE PENDULE (1991)

Le réalisateur de Re-Animator s'empare d'une nouvelle d'Edgar Poe pour y injecter son sens de l'horreur… et de l'humour

THE PIT AND THE PENDULUM

1991 – USA

Réalisé par Stuart Gordon

Avec Lance Henriksen, Rona de Ricci, Jonathan Fuller, Frances Bay, Mark Margolis, Stephen Lee, Jeffrey Combs, Oliver Reed

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE

Au milieu des années 80, Stuart Gordon s’était frotté avec succès à l’univers de l’écrivain H.P. Lovecraft, via Re-Animator et From Beyond. Pour varier les plaisirs, il s’attaque ici à un autre géant de la littérature fantastique : Edgar Allan Poe. En jetant son dévolu sur la nouvelle « Le Puits et le Pendule », il ne se simplifie guère la tache, dans la mesure où cette dernière, située dans un lieu clos et racontée à la première personne, se déroule intégralement dans l’obscurité. Ce que résume assez bien cette phrase issue du texte initial : « l’univers ne fut plus que nuit, silence, immobilité. » Roger Corman lui-même avait dû imaginer de toutes pièces un scénario s’inspirant vaguement de la nouvelle pour sa Chambre des TorturesGordon fait de même, avec l’aide de son fidèle scénariste Dennis Paoli, tout en s’efforçant de conserver le contexte historique évoqué par Poe. Le Puits et le Pendule se déroule donc en 1692, dans la ville de Tolède, siège des exactions du célèbre inquisiteur espagnol Torquemada, que Mel Brooks avait pastiché avec panache dans sa Folle Histoire du Monde.
Illuminé, obsessionnel et saisi régulièrement de pulsions sado-masochistes, ce redoutable tortionnaire a pris ici les traits burinés de Lance Henriksen, lequel semble littéralement habité par son personnage. Pour se rappeler que le cours du destin est immuable et imprévisible, il vit sous une épée de Damoclès – au sens propre – qui menace à tout moment de lui tomber sur la tête. Mais lorsque ses geôles se referment sur la belle Maria Alvarez, une jeune boulangère accusée arbitrairement de sorcellerie, notre homme est consommé par des sentiments nouveaux, qu’il s’efforce coûte que coûte de refouler. En ce sens, le Torquemada de Stuart Gordon n’est pas sans nous évoquer le Frodo de Victor Hugo, la filiation s’avérant quasiment assumée lorsque nous découvrons la compagne de cellule de Maria, une vieille sorcière répondant aux doux nom de… Esmeralda ! Le puits et le pendule qui donnent un peu abusivement son titre au film interviennent dans une séquence de suspense plutôt réussie, même si nous sommes à mille lieues des terreurs primales décrites par Poe. On y voit l’époux de l’infortunée boulangère ligoté au sol. Tandis qu’une lame effilée descend inexorablement vers son torse en se balançant, un puits hérissé de pics acérés menace de s’ouvrir sous lui. Et pour couronner le tout, des rats affamés se mettent à le grignoter joyeusement. 

Entre noirceur malsaine et second degré potache

Chez Gordon, l’horreur se partage d’ailleurs souvent entre le second degré un peu potache (comme en témoigne ce prologue où un squelette est exhumé pour être fouetté et réduit en poussière) et la noirceur volontiers malsaine (l’éprouvante séquence de la langue coupée). Au passage, le scénario se permet d’autres allusions à l’univers d’Edgar Poe, notamment une dégustation de vin italien (« La Barrique d’Amontillado »), l’enterrement d’une jeune fille encore vivante (« La Chute de la Maison Usher ») et l’emmurement d’un indésirable (« Le Chat Noir »). Malgré ses bonnes intentions, Le Puits et le Pendule passa quelque peu inaperçu, incitant le cinéaste à retrouver son écrivain fétiche à l’occasion de Dagon.
 
© Gilles Penso

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