FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE (1932)

FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE

Sœurs siamoises, hommes-troncs, femmes à barbe et autres étranges créatures s’animent dans le cirque monstrueux du réalisateur de Dracula

FREAKS

 

1932 – USA

 

Réalisé par Tod Browning

 

Avec Daizy Earles, Wallace Ford, Harry Earles, Olga Baclanova, Leila Hyams, Roscoe Ates, Henry Victor, Rose Dione, Daisy et Violet Hilton

 

THEMA FREAKS

Face au succès des films d’horreur produits par le studio Universal, la compagnie MGM ne pouvait rester les bras croisés. Mais comment apporter sa pierre à l’édifice sans plagier Dracula et Frankenstein ?  La réponse à cette épineuse question fut trouvée dans « Spurs », un mélodrame écrit par Tod Robins et situé au beau milieu des phénomènes de foire d’un cirque, dont on décida de tirer un long-métrage budgété à 316 000 dollars. Le choix du réalisateur Tod Browning est évidemment lié au fait qu’il dirigea Bela Lugosi dans Dracula, avec le succès que l’on sait, mais ce n’est pas la seule raison. Browning passa en effet ses jeunes années dans les milieux du music-hall, de la foire et du cirque, connaissant donc comme sa poche l’univers décrit par « Spurs ».

Le scénario, rédigé par Willis Goldbeck, se situe sous un chapiteau où s’exhibent de vrais monstres biologiques : nains, hommes-troncs, culs de jatte, femmes à barbe… Dans cet univers pour le moins atypique, l’écuyère Cléopâtre s’éprend du nain Hans et le pousse à abandonner sa fiancée. Elle rêve de l’épouser, mais en réalité la belle en veut à son héritage et entretient une liaison avec l’Hercule du cirque. Lorsqu’ils découvrent ses noirs desseins, les « freaks » lui tendent un piège et préparent une terrible vengeance. Tod Browning joue ainsi le jeu du manichéisme inversé, révélant la dignité et l’humanité des êtres les plus laids et dévoilant sous des atours séduisants la pire hideur morale. Mais les phénomènes contrefaits ne restent pas victimes jusqu’au bout, et lorsqu’ils se transforment en bourreaux, la situation s’inverse pour s’achever sur une chute très cruellement ironique.

Une cohabitation difficile

Désireux d’éviter les effets spéciaux pour solliciter de véritables phénomènes de foire, Tod Browning trouve son bonheur au sein du cirque Barnum, au grand dam de l’équipe du film qui vit très mal cette cohabitation avec de tels comédiens. Les techniciens s’écartent avec dégoût, les autres acteurs ne veulent pas déjeuner avec eux, même le monteur s’indispose. La situation est presque invivable, mais elle n’est finalement que le reflet des travers que le cinéaste cherche à dénoncer à travers cette fable prônant un certain droit à la différence et à la tolérance. Le spectacle de ces humains difformes est troublant parce qu’il renvoie aux autres leur propre peur de l’anormalité, une peur qui contamine bien sûr les spectateurs, forcément mal à l’aise pendant la projection de cette Monstrueuse Parade. La nature même du film brouille aussi les cartes, puisque si chacun le considère comme un film d’horreur – et même un chef d’œuvre du genre –, il ne met en réalité en scène aucune créature surnaturelle mais des monstres bien réels. Le Fantastique n’existe finalement qu’à travers le regard du public, si l’on excepte peut-être le final qui, lui, sacrifie plus frontalement aux règles du genre. Suite aux réactions outrées provoquées par les projections test, le montage fut tronqué de près de 25 minutes. Interdit pendant trente ans sur le territoire anglais, le film connaîtra un cruel échec au box-office mondial, et ce n’est qu’au fil des ans qu’il gagnera ses galons de classique incontournable.

 

© Gilles Penso

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