LA SECONDE MORT D’HAROLD PELHAM (1970)

Trois ans avant de devenir James Bond, Roger Moore incarne un businessman soudain confronté à un double de lui-même…

THE MAN WHO HAUNTED HIMSELF

 

1970 – GB

 

Réalisé par Basil Dearden

 

Avec Roger Moore, Hildegard Neil, Alastair Mackenzie, John Welsh, Charles Lloyd Pack, Hugh Mackenzie, Olga Georges-Picot, Freddie Jones, Anton Rodgers

 

THEMA DOUBLES

Deux ans avant sa publication en 1957, le roman « The Strange Case of Mr. Pelham » d’Anthony Armstrong avait déjà fait l’objet d’une adaptation sous forme d’un épisode de la célèbre série Alfred Hitchcock présente. Réalisé par le « maître du suspense » lui-même, cet épisode titré « The Case of Mr. Pelham » fit son petit effet en 1955 et prouva le fort potentiel du récit. Quinze ans plus tard, le producteur britannique Bryan Forbes, alors à la tête de la petite compagnie EMI Films, décide de ressortir cette histoire des tiroirs. Ce sera La Seconde mort d’Harlod Pelham, l’un des films à petits budgets que lance Forbes au début des années 70 en bénéficiant de têtes d’affiche qui jouent le jeu et revoient leurs ambitions salariales à la baisse. Extrêmement populaire à l’époque grâce au rôle de Simon Templar dans la série Le Saint, Roger Moore se laisse séduire par le scénario et accepte de jouer le rôle principal de ce thriller fantastico-psychologique qui, contrairement à la version d’Hitchcock, n’opte pas pour un ton de comédie noire mais lui préfère une approche sérieuse au premier degré. Pour la mise en scène, Forbes choisit Basil Dearden, un vieux routier qui toucha un peu à tous les genres (la comédie, le polar, la grande aventure, le drame social) et fut l’un des coréalisateurs du film d’épouvante à sketches Au cœur de la nuit.

Le costume impeccable, le chapeau melon parfaitement ajusté, le parapluie à la main, la moustache fine et le regard vif, Roger Moore incarne l’archétype du businessman britannique strict à l’apparence irréprochable. Dès les premières minutes du film, Harold Pelham nous apparaît comme organisé, rigoureux, un poil austère. Au volant de sa Rover P5B, il pose toujours ses affaires au même endroit sur la banquette arrière, boucle avec soin sa ceinture de sécurité, respecte scrupuleusement les limitations de vitesse… Mais un jour, sur la route, un coup de folie incompréhensible semble le saisir. Sans raison particulière, il détache sa ceinture, fonce au milieu du trafic, ne respecte plus aucune règle du code de la route, perd le contrôle de son véhicule et se crashe à pleine vitesse. Mort cliniquement pendant quelques secondes, Harold se réveille sur la table d’opération, suite à un phénomène furtif qui stupéfie les médecins : deux rythmes cardiaques apparaissent sur le moniteur. Remis sur pied, Harold Pelham retrouve son épouse (Hildegard Neil), ses deux enfants et ses collègues de travail. Mais le train-train quotidien déraille bientôt. Car plusieurs témoins disent l’avoir vu là dans différents endroits où il ne se trouvait pas. On lui raconte des anecdotes dont il est le héros et qu’il n’a pourtant pas vécues. Il se découvre même une maîtresse dont il n’avait jamais entendu parler. Lui joue-t-on une mauvaise blague ? Quelqu’un tente-t-il de se faire passer pour lui ? Est-il victime d’un dédoublement de la personnalité ? A moins qu’un avatar ne soit en train d’essayer de prendre sa place ?

On ne vit que deux fois

Progressivement, par paliers successifs, le malaise s’installe dans le film. Et si Harold Pelham cherche à conserver son flegme imperturbable, comment ne pas perdre pied lorsque la réalité s’échappe peu à peu et que la folie semble être la seule explication possible ? La prestation de Roger Moore est remarquable, loin des simples sourires « ultra brite » assortis de soulèvements de sourcil auxquels on l’a souvent réduit. C’est avec beaucoup de subtilité que le comédien laisse le doute, l’inquiétude puis la terreur déchirer inexorablement la surface de respectabilité dont son personnage se drape. Moore affirmera à plusieurs reprises que ce rôle fut le meilleur de sa carrière. Dommage que le psychiatre incarné par Freddie Jones soit, de son côté, si caricatural. La voix grandiloquente à l’accent étranger indéterminé, le regard masqué par des lunettes de soleil, ce médecin improbable semble vouloir se placer en émule du Peter Sellers de Docteur Folamour ! C’est d’autant plus dommage que son intervention sert à mettre le doigt sur le thème clef du film, voisin de celui du fameux « Étrange cas du docteur Jekyll et de Monsieur Hyde » de Robert Louis Stevenson : la subdivision des personnalités provoquée par l’émergence des bas instincts. Autre travers du film : une musique sirupeuse et hors-sujet de Michael J. Lewis, qui dédramatise maladroitement plusieurs séquences. Distribué à la sauvette, La Seconde mort d’Harold Pelham est passé totalement inaperçu lors de sa sortie et demeure aujourd’hui encore très méconnu. Ironiquement, l’un des dialogues de Roger Moore en cours de métrage lui fait évoquer la confidentialité des données industrielles en ces termes : « L’espionnage ne se résume pas forcément à James Bond et au service secret de Sa Majesté ! » Trois ans plus tard, il tiendra la vedette de Vivre et laisser mourir.

 

© Gilles Penso

 

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