ASTÉRIX ET OBÉLIX CONTRE CÉSAR (1999)

Claude Zidi signe la première adaptation « live » de l’univers de Goscinny et Uderzo, sans convaincre les amateurs de la BD…

ASTÉRIX ET OBÉLIX CONTRE CÉSAR

 

1999 – FRANCE / ALLEMAGNE / ITALIE

 

Réalisé par Claude Zidi

 

Avec Christian Clavier, Gérard Depardieu, Roberto Benigni, Michel Galabru, Claude Piéplu, Daniel Prévost, Laetitia Casta, Jean-Pierre Castaldi, Sim

 

THEMA SORCELLERIE ET MAGIE I SAGA ASTÉRIX ET OBÉLIX

En 1999, à l’initiative du producteur Claude Berri et de son fils Thomas Langmann, l’une des bandes dessinées belges les plus populaires du monde devient le film français le plus cher de l’histoire du cinéma. Pour s’imprégner le plus possible de l’univers créé par René Goscinny et Albert Uderzo, le réalisateur Claude Zidi relit les trente albums de la saga mais décide finalement de n’en adapter aucun. Astérix et Obélix contre César est donc une histoire originale qui reprend tous les éléments et tous les personnages du fameux petit village d’irréductibles Gaulois luttant contre l’invasion romaine. Une fois ce scénario validé par Uderzo et par la fille de Goscinny, la production se met en branle et les dialogues sont confiés à Gérard Lauzier. Si Gérard Depardieu est depuis le début l’interprète que tout le monde a en tête pour incarner le massif Obélix, c’est d’abord Daniel Auteuil qui est prévu pour jouer Astérix. La star des Sous-doués se prête au jeu, aux essayages de costumes et aux répétitions. Au vu de ces quelques tests, force est de constater que l’alchimie entre les deux comédiens est impeccable. Mais Auteuil se voit finalement contraint d’abandonner pour des raisons de planning, et c’est Christian Clavier qui le remplace au pied levé. Clavier et Depardieu avaient déjà partagé l’affiche des Anges gardiens de Jean-Marie Poiré, mais on ne peut pas dire que le résultat ait été très enthousiasmant. La réussite du film ne pouvait donc pas reposer seule sur les épaules du duo. Pour mettre toutes les chances de leur côté, Berri et Zidi s’entourent de tout ce que le cinéma compte alors d’acteurs comiques populaires, auxquels s’ajoutent l’atout de charme Laetitia Casta, le trublion italien Roberto Benigni et le vétéran allemand Gottfried John dans le rôle de César (pour des raisons de coproduction).

Un budget de 42 millions de dollars, des centaines de techniciens et de figurants, des décors gigantesques, Astérix et Obélix voit très grand. « C’est un projet difficile dans la mesure où il faut faire adhérer le public dès les premières images en évitant les comparaisons désavantageuses avec les dessins originaux », nous expliquait le chef décorateur Jean Rabasse à l’époque des préparatifs du film. « Nous nous sommes efforcés de respecter au maximum la bande dessinée tout en offrant au spectateur bon nombre de surprises. » (1) L’un des décors les plus impressionnants est le cirque romain où Astérix et Obélix doivent affronter plusieurs animaux dangereux. « Ce décor s’inspirait en partie de celui du Dôme du Tonnerre de Mad Max 3 », remarque Jean-Christophe Spadaccini, responsable des animaux factices. « Les Romains y sont agglutinés derrière une grille. Nous sommes bien loin du parc Astérix ou même des dessins de Uderzo » (2). Peu habitué à gérer un film aussi pharaonique malgré sa longue expérience, Claude Zidi tient bon, parvient même à maintenir le cap après que Depardieu, victime d’un grave accident de moto, soit immobilisé pendant 40 jours. Malgré tout, Astérix et Obélix contre César prend l’eau de toutes part et ne parvient à séduire totalement ni les amateurs de la BD originale, ni les fans de cinéma comique.

Un humour déjà daté

L’un des gros problèmes du film est sans doute sa difficulté manifeste à trouver le ton juste. Coincé entre les albums que tout le monde connaît, un casting « old school » qui génère un humour déjà daté et une volonté un peu vaine d’en mettre plein la vue, le film se perd sans trouver sa cohérence. Même les choix artistiques et techniques sont discutables. Demander à Jean-Jacques Goldman de composer la bande originale est une belle opération marketing mais n’apporte aucune plus-value réelle à l’atmosphère musicale du film. Surcharger le métrage d’effets spéciaux numériques sous prétexte que la technologie est encore innovante et donc sous le feu des projecteurs n’est pas vraiment justifié. « J’ai eu une petite frustration, car la plupart de mes cascades ont été remplacées par des effets numériques, et je trouve le résultat peu convaincant », nous raconte à ce propos le cascadeur Philippe Guéguan. « Ils pensaient que les images de synthèse seraient plus faciles à mettre en œuvre, et il faut avouer qu’elles étaient également un argument commercial. Car à l’époque la promotion d’un film à gros budget se faisait beaucoup autour de ses trucages. » (3) D’un point de vue commercial, Astérix et Obélix contre César reste une bonne affaire, remplissant allègrement les salles de cinéma. Mais la critique reste glaciale, les amateurs grincent des dents et les fans de la BD n’y trouvent pas leur compte. Il faudra attendre qu’Alain Chabat prenne la relève pour que tous ces avis dissonants s’accordent enfin.

 

(1) Propos recueillis par votre serviteur en mars 1998

(2) Propos recueillis par votre serviteur en janvier 1999

(3) Propos recueillis par votre serviteur en février 2004

 

© Gilles Penso

 

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