OLD (2021)

M. Night Shyamalan plonge une poignée de personnages dans un environnement paradisiaque qui se mue progressivement en enfer…

OLD

 

2021 – USA

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec Gael Garcia Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell, Alex Wolff, Thomasin McKenzie, Abbey Lee Kershaw, Nikki Amuka-Bird, Ken Leung, Eliza Scanlen

 

THEMA MUTATIONS I MÉDECINE EN FOLIE

Après avoir mis un point final à sa trilogie Incassable / Split / Glass puis supervisé la série Servant, M. Night Shyamalan se lance dans l’adaptation d’une bande dessinée francophone qui le fascine depuis qu’un exemplaire lui a été offert le jour de la fête des pères: « Château de sable ». Écrit par le Français Pierre-Oscar Lévy et dessiné par le Suisse Frederik Peeters, ce roman graphique en noir et blanc offre une réflexion existentielle sur la vie, la vieillesse et la mort en plongeant treize personnages dans une situation surnaturelle qu’ils sont obligés d’accepter pour pouvoir tenter d’y faire face. Ce récit met à jour les propres angoisses du cinéaste alors quinquagénaire face au défilement inexorable du temps. Il ne faut pas longtemps pour que Shyamalan décide d’en tirer son quatorzième long-métrage. Au-delà du matériau original de Lévy et Peeters, il se laisse inspirer par plusieurs films dont il aimerait retrouver partiellement l’atmosphère, notamment La Randonnée de Nicholas Roeg, Pique-nique à Hanging Rock de Peter Weir et L’Ange exterminateur de Luis Buñuel. Ne laissant rien au hasard, il storyboarde la totalité du film puis s’installe en République dominicaine avec son équipe pour un tournage réalisé principalement en extérieurs naturels.

Guy (Gael Garcia Bernal) et Prisca (Vicky Krieps) se rendent avec leurs enfants Maddox (Alexa Swinton) et Trent (Nolan River) dans une station balnéaire tropicale pour des vacances exotiques en famille. Une tension sous-jacente est perceptible dans le couple, sans qu’il soit encore possible de comprendre la nature de cette contrariété. Sur les conseils du directeur de l’hôtel (Gustaf Hammarsten), tous les quatre se rendent sur une plage isolée où les rejoignent deux autres groupes : un chirurgien (Rufus Sewell) accompagné de sa femme (Abbey Lee), de sa fille (Mikaya Fisher) et de sa mère (Kathleen Chalfant), ainsi qu’un autre couple (Ken Leung et Nikki Amuka-Bird). Mais ce site n’est paradisiaque qu’en apparence. Un phénomène inexpliqué agit en effet sur le métabolisme de ceux qui y séjournent, accélérant à la vitesse grand V le vieillissement de leurs cellules. En quelques heures, les enfants se sont transformés en adolescents. Cédant à une panique bien légitime, les touristes décident de rebrousser chemin au plus vite. Mais il leur est impossible de quitter cette plage…

Prisonniers du temps

Extrêmement minutieux dans son approche visuelle, Shyamalan parvient à créer l’inquiétude avec des petits riens, des angles de prise de vue inattendus, une caméra qui s’accroche aux comédiens pour ne plus les lâcher. De fait, l’étrangeté s’installe très tôt dans le film, alors que rien n’est encore arrivé. Lorsque le phénomène se manifeste, la mise en scène redouble d’inventivité pour altérer le temps et l’accélérer, jouant notamment sur une caméra très mobile qui capte plusieurs événements en plan-séquence. La force de la situation de départ – digne comme souvent chez Shyamalan d’un épisode de La Quatrième dimension – s’appuie sur la conviction de comédiens abordant leurs rôles avec un maximum de sobriété et de naturalisme. Mais le film affiche très tôt sa faiblesse principale : une « sur-écriture » qui pousse les personnages à rationaliser, à surcharger les dialogues de confessions et d’explications, à commenter tous leurs actes et toutes leurs décisions, bref à adopter des réactions illogiques face à cet enchaînement d’événements traumatisants. Leur comportement étant beaucoup trop cérébral pour convaincre, on sent de manière palpable la présence du scénariste à travers eux. C’est notamment le cas lorsque chacun ressent le besoin artificiel de justifier et de commenter ce qu’il fait en fonction de son métier (le médecin, l’expert en assurances, la conservatrice de musée, la psychologue, l’infirmier). Old se saborde par ce trop-plein d’artifices d’écriture, et c’est d’autant plus dommage que le concept soulève des questions passionnantes. Tourné en pleine pandémie du Covid 19, le film peut d’ailleurs s’appréhender comme une métaphore à peine déguisée des peurs bien réelles liées à cette période : le temps qui s’arrête, la perte de contrôle, la prise au piège, la crainte de l’infection et de la maladie. Old est donc à l’image de beaucoup d’œuvres de son auteur/réalisateur : inégal et maladroit mais fascinant. Le malaise perdure en tout cas longtemps après le générique de fin, chanté par l’une des filles du cinéaste.

 

© Gilles Penso

 

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