GLASS (2019)

M. Night Shyamalan réunit les personnages principaux d’Incassable et Split pour clore sa trilogie inspirée de l’univers des comic-books…

GLASS

 

2019 – USA / CHINE

 

Réalisé par M. Night Shyamalan

 

Avec James McAvoy, Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Sarah Paulson, Anya Taylor-Joy, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard, Luke Kirby

 

THEMA SUPER-HÉROS I DOUBLES I SAGA GLASS

Pas besoin d’être les studios Marvel ou DC pour oser mêler les super-héros et super-vilains de plusieurs films différents et les combiner dans d’autres longs-métrages. Avec l’épilogue de Split, M. Night Shyamalan prouvait qu’il pouvait lui aussi – à son échelle – se livrer à un tel exercice. Contre toute attente, le thriller surnaturel mettant en vedette un surprenant James McAvoy aux personnalités multiples rejoignait ainsi à la dernière minute l’univers d’Incassable. Cette promesse audacieuse d’un « Shyamalan Cinematic Universe » se concrétise avec Glass, point de convergence des deux films précédents. Incassable et Split ayant été produits par deux studios différents, il fallut trouver un terrain d’entente afin que les rivaux Disney et Universal se lancent pour la première fois dans une coproduction cinématographique. Une fois les problèmes juridiques et administratifs réglés, les héros et antagonistes de ces deux films que seize ans séparent peuvent se retrouver au sein d’une suite/crossover/spin-off très attendue. Même les rôles secondaires s’invitent pour jouer un rôle clé, notamment le fils de David Dunn (toujours incarné par un Spencer Treat Clark désormais adulte), l’ex-captive de Kevin Crumb (Anya Taylor-Joy) et la mère d’Elijah Price (Charlayne Woodard). Tout ce beau monde se retrouve autour d’un hôpital psychiatrique où Dunn et Crumb ont été enfermés aux côtés de Price, sous la supervision du docteur Ellie Staple (Sarah Paulson), une psychiatre fascinée par leur cas.

Entre deux ridicules micro-productions d’action ou de science-fiction directement destinées au marché vidéo, Bruce Willis prouve qu’il est toujours l’immense acteur qu’il n’a jamais cessé d’être, malgré une carrière jonchée de choix bizarres. Son visage assagi et maussade occupe l’écran avec le même magnétisme qu’autrefois, Shyamalan cultivant comme toujours l’économie de dialogues chez ce personnage taciturne. James McAvoy, de son côté, continue son impressionnante multi-performance d’homme aux innombrables personnalités, capable de passer en un clin d’œil d’un enfant de neuf ans à une femme distinguée ou à un monstre vorace. Quant à Samuel L. Jackson, il attend son heure, incarnant toujours cette force tranquille et calculatrice camouflée dans un corps friable et désarticulé. En s’appuyant sur ce trio en tête d’affiche, Glass prend tout le temps nécessaire pour développer son propos sans jamais chercher à se soumettre au diktat des séquences d’action imposées tous les quarts d’heure pour relancer l’intérêt du spectateur. Une fois de plus, nous sommes bien loin des codes traditionnels des films de super-héros.

Névrosés ou surhommes ?

Bizarrement, la première partie du film semble avoir pour but principal de démonter méthodiquement toutes les interprétations surnaturelles du comportement des trois personnes internées pour les ramener à une réalité médicale, via les raisonnements sans faille du docteur Staple. En un sens, le mécanisme est donc exactement l’inverse de celui d’Incassable, où le scénario – à travers la voix d’Elijah Price – collectait les indices prouvant que David Dunn était un super-héros aux capacités dignes d’un personnage de comic book. Le trouble nous saisit donc, car en réalité les deux explications semblent fonctionner. N’y aurait-il finalement rien de fantastique là-dedans, simplement un enchaînement de faits étranges mais tangibles et beaucoup d’autosuggestion ? « Il est possible qu’il y ait une explication concrète » dit Staple à Kevin Crumb pour expliquer sa capacité à grimper au plafond, à résister aux balles et à tordre les barreaux de prison quand il est « La Bête ». Cet axe narratif est passionnant. Mais le réalisateur/scénariste retombe en seconde partie de métrage dans quelques-uns de ses travers habituels. Le défaut majeur du film est en effet sa tendance à vouloir s’auto-analyser en permanence, dans une sorte de démarche méta inscrivant chaque péripétie dans les codes des histoires de comic books. Au lieu de rendre le spectateur complice, cette volonté de tout commenter crée une distanciation. Les personnages ne sont plus des êtres crédibles de chair et de sang mais des pions sur l’échiquier scénaristique du film. Et de fait, le fin mot de l’histoire, asséné à coup d’explications à rallonge, est décevant. Le soufflet retombe donc, malgré un premier acte fascinant.

 

© Gilles Penso

 

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